Depuis qu’il s’est évadé, il y a vingt ans, de l’archipel du verbe où le cantonnait son métier d’enseignant, pour se donner à temps plein à sa vocation de créateur d’images, Xavier Zimbardo a rapporté de ses vagabondages à travers les continents et les mondes une éblouissante collection d’œuvres photographiques. Rien à voir avec des clichés façon reportages documentaires, anecdotiques, pittoresques ou exotiques. Chacune de ses images se donne à voir comme une apparition, où la part de l’imaginaire, l’incidence du hasard, les impromptus de l’inspiration hantent le champ du réel.
Qu’il s’agisse de vues, de scènes, de portraits, cet éclat venu d’ailleurs irise l’instantané. La visée de l’artiste n’est pas de reproduire techniquement ce qu’il a sous les yeux, mais de produire subjectivement ce que fait vibrer, du fond de son œil aux abysses de l’hypothalamus, l’éclairement singulier de l’image captée. De la prise de vue au tirage, en passant par le travail au négatif ou à l’écran toute œuvre de Zimbardo s’accomplit comme une danse sur le nerf optique. Avec toujours ce besoin d’aller plonger son objectif focal, mental, libidinal dans un au-delà du visible, nous conviant à porter notre regard du côté de l’âme errante des choses, des vivants et des mondes. Ce qui lui valut d’être qualifié de photographe chaman.
ZIMBARDO, un patronyme de condottiere cuirassé d’or et de bronze ; un mélange de morgue et de charisme aristocratique à la Castiglione inspirant un Raphaël ; un nom de dompteur qui claque comme un fouet ; des allures d’Indiana Jones mâtinées d’un Tintin version "Reporter au Petit 20e".
Aventurier aux quarante vies sous des apparences de surdoué premier de la classe, globe-trotter émerveillé, explorateur tous azimuts, observateur infatigable toujours sur le qui-vive, curieux et inquiet de sa propre image et soudain traversé d’urgences enthousiastes, il est l’un des photographes les plus médiatisés de la planète et surtout l’un des plus secrets.
Sur la palette de la photographie contemporaine, Xavier Zimbardo occupe une place à part. Comme un trait d’union entre nous tous. Pietr Mondrian le soulignait : "la position de l’artiste est humble, il est essentiellement un canal". Depuis ses débuts au club photographique de Sarcelles, la ville de son enfance, jusqu’à la notoriété internationale qui est la sienne aujourd’hui, l’adepte d’une photo en permanente révolution n’a jamais cessé de mener deux combats parallèles.
"C’est la lumière qui fait vivre un tableau mais c’est la photo qui fait vivre la lumière" souligne Claude Berri, heureux propriétaire d’une collection de photographies parmi les plus réputées au monde. Xavier Zimbardo, grand maître du troisième élément de ce Mois de la photographie, consacré à Des lumières et des feux, après l’Eau et l’Air, emprunte dès l’entrée de la Villa le chemin lumineux d’une création artistique follement dévouée à la jouissance de la lumière en mouvement.
Vient d’être publié aux Editions Images en Manœuvres le dernier ouvrage de Xavier Zimbardo, le photographe reporter et artiste au talent polymorphe. Mais aussi un homme chaleureux et enthousiaste, toujours entre deux aventures. Découvrir le monde à travers le prisme de son regard est un plaisir esthétique autant qu’intellectuel.
Fou d’une technique qu’il a su apprivoiser jusqu’à la plier à un style qui consume les matières comme il exacerbe les formes, Xavier Zimbardo exprime à la lettre les couleurs du pays, à la manière dont on recueille les sucs d’un beau fruit, avec vigueur.
LES grands photo-reporters de la planète élisent désormais chaque année, en septembre, domicile à Perpignan, tandis qu’accrochées en de multiples lieux de la ville des centaines de photos donnent au public un aperçu des réalités de ce monde : peuples, continents, conflits, tragédies en tout genre et, simplement, des hommes, des femmes, des regards, la vie en somme ; bref, tout ce qui fait que notre monde est monde, qu’on brûle ou pas de le changer. Xavier Zimbardo, lui, ne photographie pas l’actualité. Sa sensibilité à la douleur et à l’injustice du monde n’en est pas moins grande. La photo est pour lui « un moyen de survie » : « Sans ça, j’aurais du mal à supporter la merde du monde. » Photographe « libre et seul », c’est « la beauté des choses et des gens » qui le motive et il a besoin du contact physique avec eux. « Je veux sentir le souffle de l’autre, créer une communion sans agressivité. »
All the talk about the imminent reign of ebooks -- paperback-size screens loaded with enough novels to get you through several delayed flights -- seems to have prompted art book publishers to accentuate their own eminent domain: breathtaking pictures. This autumn's cornucopia of illustrated books overflows with glorious color in dimensions requiring a big lap to cradle and peruse them. Presto! The hand-held reading devices are reduced to the status of ghostly gizmos. Among these sumptuous volumes, a few pictorial jewels that you may buy as gifts but might not be able to bear giving up.
Songs of India
For those who like to GET AWAY on the wings of fluttering pages, India Holy Song (Rizzoli, $75) is IT. The saturated hues and asymmetrical perspectives onto dense panoramas, such as a throng of veiled women in a hazy green downpour, are hallucinogenic. There are scenes of yogis in river rituals and a crush of the faithful deliriously ringing bells. Yet French photographer Xavier Zimbardo's dramatic compositions are less "spiritual" than an ecstatic song of India's very carnal beauty. This album continues western cultures' 19th century fascination with the "exotic" East. To city-dweller in an industrialized nation, these emotionally-intense views -- who knows what the places are actually like? -- appear fantastic, their landscapes otherworldly. Yet cleverly avoiding implications of cultural imperialism, Rizzoli commissioned the acclaimed British/Indian short-story writer Jhumpa Lahiri (Interpreter of Maladies) to write a tender introduction calling the pictures "incandescent and incantatory."
Art Under Covers
by Suzaan Boettger
SUZAAN BOETTGER can be reached by email at sboettger@artnet.com
Il y a des livres qui vous marquent, qui vous font vous arrêter pour les contempler, pour vous assurer que ce que vous avez vu est bien réel. Holi, de Xavier Zimbardo est un de ceux là. Au premier abord on n’est pas sûr de voir des photographies, on pense à des peintures. Mais non. Xavier Zimbardo est bien photographe (dans la réputée agence Rapho qui plus est) et l’ouvrage qu’il propose, Holi, Fête de l’amour et du printemps est bien une représentation d’un événement tout ce qu’il y a de plus réel.
Sans notion péjorative aucune, ce rituel est pure folie. Folie de couleurs, de rires et de danses que reproduit a merveille Xavier Zimbardo. Tout n’est que verts saturés, rouges intenses et jaunes éclatants. Les participants eux-mêmes deviennent des couleurs vivantes. Ce sont eux qui font bouger la peinture, la poussière colorée.
Le résultat est incroyablement graphique. Chaque photographie est digne d’une peinture, tantôt fauviste tantôt impressionniste. De longs bâtons jaunes sortent d’une fumée verte, des mains de femmes se détachant sur un rouge intense, des visages au sourire édenté, du rouge jusqu’au fond des yeux. La profondeur de certaines couleurs retranscrit à merveille la profondeur mystique de la fête.
C’est à un voyage en Inde que le dernier opus du photographe Xavier Zimbardo, qui n’a de cesse de trimballer ses objectifs, son chapeau et sa curiosité tout autour du monde pour nous faire découvrir autrui à travers son regard ailé, tantôt lyrique tantôt aigu, nous convie cette fois. (...) On effleure un drame, en se doutant que d’une page à l’autre il risque de nous sauter au visage. Les couleurs nous ravissaient, mais peu à peu on les soupçonne ; la moisissure ne prend-elle pas elle-même de séduisantes couleurs pour dégrader la matière ? « La fonction de l'art […] est de mettre au monde des interrogations, qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes », écrit Alain Robbe-Grillet (« Pour un Nouveau Roman »).
Les photos trahissent par conséquent la violence de la proximité, de la promiscuité ultime.