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MARCHE AVEC MOI, MA JOIE !

Rêve toujours, la nuit reviendra sans toi, un jour. Et tu n'en sauras rien.


La loi n'est pas faite pour les gens comme toi, et toi, tu n'es pas faite pour la loi. Alors, quoi ?


Tu es peine mais terre de délivrance, perle perdue revenue de tous les outrages, âge féroce mangeur de vent.


La calamité douloureuse de tes seins s'insurge-t-elle ? La vérité est un cyclope à l'oeil avalé par les loups.


Les chaumières s'ouvrent et se ferment, oublieuses des saisons trépassées.


Qu'on ridiculise notre révolte, peu nous chaut ! Sache toujours espérer par-delà l'avalanche des cyclones...


Qu'on ridiculise l'amertume, peu nous importe ! Nos yeux de lézards argentés sautent de branche en branche, trouant l'espace, ivres éclairs...


Marche avec moi, ma joie ! Laisse-les poursuivre leurs mensonges, laisse-les regarder fondre les glaces des deux pôles, avec leur sourire niais nier...


Marche avec moi, ma joie ! Préfère l'abnégation du silence au navrant écho de leurs paroles fausses...


Marche avec moi, ma joie ! Marche seule, sans peur, devinant de la tête et des hanches telle une danseuse galicienne empourprée de nacre, de musc et de jasmin... de cytise, de grenade et d’orange…


Sois une prière, mon coeur. Ne les laisse pas faire rimer l'audace avec le gel de ta face.


Sois une prière, mon coeur. La fenêtre est un miroir pour la traversée du soleil.


Sois une prière, mon coeur. Si tu ne peux voir venir demain, alors nous sonnerons l'alarme.


Xavier Zimbardo - 29 octobre 2008

Les Français peuvent renverser le pays

« Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc (…) »
V. Hugo, « Booz endormi », La Légende des siècles


Dans le Figaro du 10 décembre : Le libéral Jean-Michel Fourgous a été sèchement repris quand il a proposé, après Bernard Accoyer, une « amnistie fiscale » pour rapatrier de l’étranger des capitaux. Résolument hostile à la suggestion de l’aile la plus libérale de sa majorité, Sarkozy a rétorqué : « Si j’étais assez dingue pour proposer à François Fillon une amnistie fiscale, on verrait ce qu’on verrait. Au nom du symbole, les Français peuvent renverser le pays. Regardez ce qui se passe en Grèce ». Utilisant la métaphore royaliste, il a conclu sur ce point : « Les Français adorent quand je suis avec Carla dans le carrosse mais en même temps ils ont guillotiné le roi. » (Source )
Sa langue a dû fourcher ou est-ce moi qui louche ? Notez bien qu’il ne s’agit pas ici de renverser le Gouverne-et-Ment, non. Ni de culbuter le Premier Minitriste, que non... Ni même notre Président tout mini, que nenni ! Carrément il a dit : "Renverser LE PAYS !" Là, je me frotte les yeux trois fois et relis, incrédule. C’est bien ça qui est écrit... Renverser le gouvernement, ne dit-on pas normalement, croyais-je, fort candide ? Car "le pays" c’est quand même NOUS, le peuple, pauvres bougres de la France d’en bas que nous sommes, l’aurait-il oublié ? Alors va-t-il falloir renverser le peuple ? Cela ne vous rappelle-t-il pas un certain Bertold Brecht, cette histoire ? « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a ’trahi la confiance du régime’ et ’devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités’. Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? [1] »
En fait, ces prétendus « grands hommes » sont persuadés d’incarner « la France ». Une « France éternelle » parfaitement artificielle, toute en esprit et qu’on ne voit jamais, à laquelle il faut des drapeaux et des médailles, des mitraillettes et des paillettes, des dorures et des déguisements, des subterfuges et autres fripes philosofriques, la Marseillaise et ses flonflons, au besoin le feu des canons pour lui donner l’assurance de la vie. En conséquence, « le pays » , ce n’est pas Nous, les travailleurs, les créateurs, les producteurs, c’est Eux, et en l’occurrence, « le pays », la France éternelle qu’on nous conte dans les livres d’histoire (à dormir debout) c’est Lui, aujourd’hui, Tsar Kozy. Cette même France qu’on invoque à tout va, qu’on applaudit ou siffle dans les stades, qui perd ou qui gagne au foot et au tennis, qui irait de nos hypothétiques ancêtres les Gaulois à un trop réel M.I.N.I. (Ministère de l’Identité Nationale Introuvable) en passant par l’Algérie française vite hypothéquée et autres calembredaines, balivernes et carabistouilles. La mystification aimerait s’élever à la hauteur du mythe. Savante élucubration qui semble avoir la peau dure… Il arrive que le « mythe » dérape et percute la réalité. La crise révolutionnaire est précisément ce moment historique où les populations font subitement irruption sur la scène où se joue leur propre destinée et décident de la prendre en mains. Quand les Français se mettent à vouloir renverser « la France », l’équation ne tient à l’évidence plus debout, on se rend compte de l’absurdité d’une telle abstraction, on savoure son inconsistance. La France fantasmée redevient ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une fiction qui n’a d’autre force que la foi qu’on veut bien lui accorder. Un proverbe japonais l’exprime avec causticité : « On peut adorer même une tête de sardine, le tout est de croire » [2] . Lorsque le voile de l’illusion se déchire, le mensonge apparaît pour ce qu’il était : un songe creux, et dangereux. D’où l’importance de maintenir les apparences hautaines de la fonction. Drapé dans des coutumes et un costume régaliens, le « Président » ne peut pas dire et faire n’importe quoi au risque de désacraliser la fonction et de vider l’abstraction « France » de sa substance. Quand le Président Sarkozy insulte vulgairement un citoyen qui refuse de lui serrer la main, il redevient ce qu’il est assurément : Monsieur Tout le Monde, un petit homme parmi les autres, et la France n’est soudain plus qu’un miroir aux alouettes, un conte pour enfants qui finit mal… Le décorum fantasmagorique se casse la fiole, la parure mystificatrice apparaît bien mitée et miteuse, et l’on s’écrit ému : « Le roi est nu ! » .
Not’ Prince ne craint pas de poursuivre à sa manière visionnaire. Depuis le carrosse où il se pavane, il redoute que sa balade bravache ne s’achève sur un échafaud. "Ces gueux nous aiment fort en carrosse, bougonne-t-il, néanmoins ils ont déjà su mettre la tête d’un roi au bout d’une pique". Mais les Français jadis n’ont pas guillotiné un roi, il faut sortir de ce mensonge. Ils ont guillotiné Capet, nuance qui fait toute la différence entre un pseudo-représentant de Dieu sur Terre et un criminel fuyant à l’étranger pour trahir ses concitoyens, qui ne mérite pas cette indécente déférence. Serrurier malveillant ayant pris la clé des champs, Capet était un collabo. Ce rapprochement pas vraiment déraisonnable entre nous, ses contemporains, menu fretin dont il semble se gausser quotidiennement, et nos héroïques ancêtres qui prirent la Bastille, prenons cela non pour de la bienveillance mais pour de la clairvoyance. Bravo not’ Prince. Pas merci, non, mais bravo ! Bien vu dans votre marc de café... On se marre, hein, mais vous avez raison, à force qu’on tonde les vieux, les jeunes, les prolos les paysans les étudiants les marins-pêcheurs les banlieues les prostituées les... ben, sûr, quand ça va chauffer, ça va pas être pour des blagues. Hommage et reconnaissance, donc, à nos courageux aïeuls pour ce noble héritage qu’ils nous ont transmis et qui, après plus de deux siècles, fait encore trembler nos présomptueux (et bientôt ci-devant) roitelets ! Parce que l’on sait, dans les palais, que nous saurons nous montrer dignes de nos précurseurs comme de cette longue et grande histoire qui est celle de la vraie liberté, la vraie égalité, la vraie fraternité. Une nouvelle nuit du 4 août pourrait être dans l’air, craignent-ils, et il n’est pas sûr que la vieille taupe (celle qui creuse et qui creuse, vous savez, pour la justice, contre les privilèges...) attende l’été pour pointer le bout de son nez... "Et si ces bougres-là, tu te rends compte Maria-Antoinetta-Carla, allaient renverser le pays ?" Mais qu’est-ce qu’il nous chante, celui-là ? 1789, 1871 et 1968 n’auraient donc été que des répétitions générales ? Mince alors...
"Cauchemardons un instant, mon amour... Imaginons que les rejetons des dix millions de grévistes qui avaient montré leur puissance sociale en arrêtant TOUTE la production en 68 fassent de même mais redémarrent l’outil de travail pour le faire tourner au bénéfice de la société, non plus pour le profit mais pour le bien commun, comme les LIP [3] mais en plus grand, en beaucoup plus grand... Avec l’Internet, planifier, ce serait autre chose que dans la Russie misérable et exsangue de 1917... On fédère vite des collectifs avec ces saletés de téléphones portables et autres instruments de pouvoir qu’ils ont maintenant entre les mains. Pour l’instant, ils croient tous n’être RIEN, mais suppose qu’ils se rendent compte qu’ils peuvent TOUT... Normalement, bien sûr, on ne les laisserait pas aller trop loin, on pourrait faire donner la troupe, comme De Gaulle les en avait menacés après être passé par la case Massu. Mais tu sais, c’est pas si simple... C’est pas comme de lancer "Casse-toi pauv’ con !" à un homme seul quand on a des gardes du corps avec soi jusqu’aux oreilles. Les usines d’armement, c’est aussi l’outil de travail ça... Tu vois pas que ces diables aient la mauvaise fichue idée de s’en emparer comme on occupe une vulgaire usine de voitures... Et qu’avec leurs têtes sympatoches et leur enthousiasme et leur détermination à en finir avec toute cette grisaille d’une planète qui part à la dérive, cette puanteur qui sourd de tous les pores de notre système qui n’a que la précarité à leur offrir, ils fassent basculer la moitié des troupes à leurs côtés, comme au Portugal en 1974... Parce que tous ces jeunes soldats étaient hier encore leurs copains de quartier... Tu crois pas que c’est la jeunesse dorée qui va accepter de jouer les comiques-troupiers à la botte pour des clopinettes... Une révolte comme celle qui se déroule actuellement en Grèce suscite chez nous le plus vif intérêt et la plus profonde solidarité, une révolution de cet ordre en France pourrait entraîner l’Europe entière, gagner le monde... Les enfants ne suivent pas toujours le bon exemple, et j’aurais beau alors leur faire miroiter encore mon fabuleux slogan : "Travailler plus pour gagner plus", je risque de faire un sacré couac... Le rôle d’un Président c’est de voir loin... Et tu vois Carla, si ça tournait comme ça, ce serait vraiment renversant !"
Renversant c’est le mot : pour le coup, le vrai pays vous ferait voir du pays…


A son cauchemar Mad in France, not’ Prince voudrait nous voir préférer le douteux Rêve américain. Mais s’il y a deux pays, il n’y a pas deux systèmes. La mondialisation des marchés ne peut être évacuée par un tour de passe-passe. La haute finance n’a pas de frontières pour nous faire boire la tasse et avaler sa pilule empoisonnée.
Ouvrons Le Monde deux jours plus tard. Il faut rendre la honte encore plus honteuse en la publiant, préconisait Karl Marx.
Alors publions et republions :
Dans l’édition du 12 décembre, on rêve à nouveau les yeux ouverts : En pleine crise financière, l’affaire ne pouvait pas plus mal tomber. Bernard Madoff, conseiller en investissement à New York et considéré comme étant une des légendes de Wall Street, a été arrêté, jeudi 11 décembre, et inculpé de fraude boursière pour avoir monté une fraude financière qui pourrait atteindre 50 milliards de dollars. Selon la Securities And Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, la fraude est "épique" et pourrait être l’une des plus importantes jamais perpétrées.
Theodore Cacioppi, un des agents du FBI qui s’est rendu au domicile de M. Madoff pour l’arrêter, rapporte que, confronté aux accusations, l’homme aurait immédiatement avoué. "Je lui ai dit : ’Nous sommes ici pour savoir s’il y a une explication innocente.’ Il a dit : ’Il n’y a pas d’explication innocente’. Madoff, âgé de 70 ans, était également un ancien dirigeant du Nasdaq, la deuxième Bourse de New York après le New York Stock Exchange. Il risque jusqu’à vingt ans de prison et une amende de 5 millions de dollars s’il est reconnu coupable. Il a été laissé en liberté moyennant une caution de 10 millions de dollars (source).

Excusez-nous not’ Prince, mais chez nous, en banlieue, pour comprendre vos histoires de milliards volés entre capitalistes bcbg, nous traduisons en équivalent-mobylette.
En proportion, cette histoire signifie que si, étant un bourgeois « légendaire » de Vol Street comme le titre l’article, je vole 10.000 mobylettes (50 milliards de dollars), je risque vingt ans de prison et UNE (sic !) mobylette d’amende (5 millions de dollars). Mais, car il y a un MAIS à ces vingt ans de prison, si je verse une caution de DEUX mobylettes (10 millions de dollars), on me laisse en liberté. Très fort la justice de classe. Très très fort !
Pour les petits bourgeois qui n’ont pas de mobylettes et comptent en équivalent-croissants chapardés chez le boulanger, ne cherchez pas, c’est kif-kif. Tu piques 10.000 croissants chez ton boulanger (en clair, tu le dévalises ! ) et les keufs te libèrent si tu leur en files … 2. C’est dur, la vie de courtier en Bourse de haut vol…
Arrête de rire Camarade ! C’est pas une blague, c’est dans Le Monde ! Je te jure ! Dites donc, ce que vous nommez la « racaille », vous êtes sûrs qu’il faut aller la chercher en banlieue ?
Je m’en prends à vous Monsieur not’ Prince, mais nous sommes bien conscients que vous n’êtes qu’un rouage dans une machine capricieuse, un pion dans un vaste système capitaliste dont vous avez perdu le contrôle mais dont vous tentez de tirer le maximum en nous entraînant tous à la catastrophe. Nous nous refusons à conforter votre petitesse dans sa folie des grandeurs. Désolé donc de blesser votre ego démesuré mais, avec vos complices, vous êtes monumentalement égaux tant sur le plan de la vilenie que sur celui de l’impuissance.
Un siècle et demi après Napoléon le Petit nous revient, comme un clone dégénéré du précédent, Napoléon le Minus.
« Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé. » [4]
Un certain N.B., Empereur des Français, nous a soufflé ceci mais vous n’écoutez pas. N.B., Nota Bene :
« Lorsqu’un gouvernement est dépendant des banquiers pour l’argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au-dessus de la main qui reçoit. [...] L’argent n’a pas de patrie ; les financiers n’ont pas de patriotisme et n’ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain. » [5]
Voyez-vous, dorénavant « nous sommes dans un système où la monnaie n’est pas mise en circulation parce que nous avons travaillé, produit, et que nous méritons d’être payés. Non. Aujourd’hui, pour que la monnaie soit mise en circulation nous devons l’emprunter. Ainsi, la masse monétaire fait l’objet d’un recyclage permanent par emprunts et remboursements aux banques. Cela signifie qu’entre ces deux opérations la monnaie circule et que nous versons un intérêt aux banques. Si l’emprunteur est l’Etat, les intérêts sont inclus dans les impôts. Si l’emprunteur est une entreprise, les intérêts sont inclus dans les prix. Si l’emprunteur est un particulier il paie les intérêts de l’Etat et des entreprises plus ceux de son emprunt personnel. Ainsi chacun de nous est endetté malgré lui et nul ne peut échapper au paiement des intérêts. Si demain nous refusions de nous endetter, ce qui est parfaitement notre droit, il n’y aurait plus d’argent pour payer le travail. Il faudrait avoir un intellect vraiment mal construit pour accepter un pareil système en toute connaissance de cause. Les responsables politiques de tous bords ne maîtrisent plus les réalités et font de nous les victimes expiatoires de la finance. Ils portent ainsi une lourde responsabilité. Dans le système corrompu où nous sommes : les emprunts auprès des banques privées se substituent aux versements directs de la banque centrale au Trésor Public. Il nous en coûte 80 milliards d’euros par an soit plus de 2500 euros par seconde ! » (source )
Alors Mes Saigneurs, sans aigreur on vous rassure, chez nous, on ne guillotine plus. Nous sommes contre la peine de mort et ne tirons à vue qu’en cas de légitime défense, comme expliqué ci-dessus. Après occupation des usines d’armement, pour mémoire, en guise de sommation. Mais nous pourrions vous faire rendre gorge et de la belle manière. Tous ces croissants que vous et vos compères nous avez volés depuis des générations avec cette exploitation sans frein et sans honte que vous faites subir aux travailleurs, on pourrait vous les faire … manger ? Comme on dit dans vos commissariats : « Vous allez déguster ! » Aux flags, comparution immédiate et pas de caution qui tienne : dix mille croissants tous les matins au petit déjeuner !
Vous aimez vous goinfrer quand d’autres meurent de faim ? Vous allez être servis…
Souvenez-vous bien de cela : En 1788, peu se doutaient être à la veille d’une gigantesque révolution. Les tsunamis sociaux ne paraissent absolue folie qu’à ces rois et seigneurs insouciants que la vague balaie aux poubelles de l’Histoire (voir cet article).


POUR LIRE LE TEXTE AVEC LES RENVOIS ET LES NOTES, LE LIRE SUR LA REVUE DES RESSOURCES : http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1104

Interview de Xavier Zimbardo

Comment "entrer" en photographie ?
Ton parcours est connu. Ton site www.xavierzimbardo.com le décrit précisément. Le France Photographie de décembre 1996 en donne des détails passionnants. L'instituteur, président pendant 5 ans du Club des Belles Images de Sarcelles (où tous les adhérents étaient fédérés) est devenu un grand professionnel. Quel message veux-tu passer aux jeunes qui doutent de leurs capacités en photographie, pour en faire leur métier ?


Est-ce si important d’en faire un métier, c’est-à-dire de gagner de l’argent avec ses photos ? Ce qui compte, ne serait-ce pas plutôt d’acquérir DU métier, c’est-à-dire de l’expérience, afin d’être meilleur en tant qu’auteur ? Auteur d’abord de soi-même, en créant et en offrant nos créations. Auteur de notre profondeur personnelle au même titre que de nos œuvres qui servent à prodiguer cette part d’invisible qui nous est propre : notre richesse intérieure unique, pour la verser dans le fonds commun de l’humanité.
La capacité à être photographe, à transmettre le meilleur de soi au travers d’émotions sous la forme d’images, c’est une gageure qui n’est jamais finie : elle est valable pour chaque jour. Et remise en question jusqu’au dernier de ces étonnants jours qui nous sont donnés à vivre.
On n’a jamais gagné, il n’y a rien à atteindre, nous sommes sans cesse en marche car la lumière qui brille là-bas au loin, elle brille aussi au fond de notre cœur. Il n’est pas d’autre but que la voie que l’on emprunte pour l’atteindre. Tendre vers la beauté, la bonté, la vérité. La voie, le but sont une seule et même chose. C’est avec cette lumière-là que nous écrivons. Ce que nous cherchons, au fond, dans nos images comme dans le regard des autres, c’est la rencontre avec ce « nous-même » qui demeure un inconnu, mais si familier, si tendre et si troublant. Dans chacun de ces face à face se construit le visage de l’amour. Je ne suis pas un chasseur d’images, plutôt capteur et receveur et messager, j’aime à dire un moissonneur d’étoiles. J’emprunte au monde une empreinte pour laisser de mon passage une trace fertile.
Le doute n’est pas un obstacle, au contraire le doute est fécond. Il est bon de se maintenir toujours en état de recherche. Le propre du gros con, justement, c’est qu’il ne doute de rien et surtout pas de lui-même…


Quelle est la recette pour faire de "beaux" livres ?
Les Américains, à l'exemple de Lee Friedlander, sont très attachés à la production de livres. Tu en as publié de nombreux. Les plus récents "Made in Sarcelles, belle comme le monde" et "Holi, fête de l'Amour et du Printemps" sont sortis en septembre et novembre 2007. Jean-Christophe Béchet dans le Réponses-Photo de janvier 2008 attribue le rare 20/20 à ton livre "Made in Sarcelles". Quelle est ta recette ?


Tous les peuples sont attachés à la création de beaux livres, non ? On en imprime de sublimes en Italie, en Chine et aussi en France. Mais l’art ne s’intéresse aux frontières que très sommairement, pour les traverser, pour transgresser, s’envoler, s’évader, « faire le mur » ! Il se nourrit davantage de racines, de traditions et d’échanges. Ma recette, c’est d’abord de n’en pas avoir. C’est si bon de se surprendre soi-même ! Je suis exigeant y compris dans mes plaisirs, alors je me remets sans cesse en question. Si j’avais une recette toute faite, sans rire je m’ennuierai ! J’essaie d’être dans l’invention perpétuelle. Jamais content, jamais repu, jamais satisfait, et cependant toujours heureux. Le monde est fascinant de diversité, vraiment époustouflant. Pas deux cristaux de neige qui se ressemblent ! Pas deux cailloux dans le désert qui soient identiques !
Alors ma seule recette c’est de changer à chaque fois les épices, le dosage, et d’être attentif, disponible, serein, passionné. Ouvert à tous les baisers, les caresses, les étreintes, la férocité et la candeur du monde. Je suis définitivement bouleversé par l’ensorcelante séduction de la vie. Quand on est parcouru par de telles vagues d’enthousiasme qui vous enivrent, alors on va de l’avant, la marée monte, elle redescend, c’est le flux et le reflux, les deux sont bons car les deux sont nécessaires. Donc, je ne gaspille pas mon énergie, je me réjouis de ce mouvement, toutes mes forces sont investies dans la conception et l’accouchement de mes rêves pour qu’ils se réalisent et si possible enchantent.


Comment gérer un grand festival ?
Tu as créé le Festival International de la Photographie Sociale. Sa première édition, d'avril 2006, avec hommage à Claude Dityvon reste dans nos mémoires comme un grand moment. Nous t'avons vu en Arles examiner des dossiers. Parle-nous de la préparation de PHOTSOC 2008.


D’abord, ensuite et enfin, je ne fais pas ça tout seul ! Toute une équipe d’amis fidèles y travaille. Nous avons éloigné les mauvais coucheurs pour travailler en confiance et c’est très vivifiant. Chacun joue un rôle, et se voue de son mieux à ce que le grand corps du Festival puisse se mouvoir et émouvoir grâce à la qualité de son engagement particulier au service de la cause commune.
Bien sûr, nous rencontrons de nombreux obstacles mais nous avons la sensation d’apprendre au travers de ces épreuves et de grandir ensemble. Ensemble, oui, ça c’est important. Pour nous, ce n’est pas un slogan de campagne électorale. Nous éprouvons notre force en mettant les problèmes résolument au centre et en les transformant en solutions par notre réflexion et notre action concertées.
Difficile de raconter ça en quelques mots mais en tout cas nous vivons une sacrée aventure, en suppléant à la faiblesse de nos ressources financières par une inébranlable conviction et une solidarité sans faille. Sarcelles est une des cinq villes les plus pauvres de France, mais c’est aussi un extraordinaire cocktail de cultures, un vivier associatif assez difficile à imaginer quand on n’y est pas immergé. Le plus dur et le plus irritant c’est de se dépêtrer de toutes les complications administratives, de l’inadéquation des lieux potentiels d’exposition par rapport à nos ambitions de mettre en relation au mieux les auteurs avec la population… Mais nous savons que c’est un long combat à mener, qu’il est utile et nécessaire car nous sommes vraiment révoltés par la manière dont les banlieues et les classes populaires qui y vivent sont méprisées et ostracisées.
Alors faire ce boulot ici, à Sarcelles, ça nous motive. On est content que des sociétés comme Canon, Fujifilm ou Dupon croient en nous et nous soutiennent, que les écrivains de la Revue des Ressources aient décidé de travailler avec nous au catalogue, que le maire François Pupponi nous renouvelle sa confiance. Cela nous encourage !


Peut-on vivre en 2008 sans frénésie ?
Hier à Moscou, demain au Sénégal, tu es partout. Nous te savons poète, amateur de René Char. Comment arrives-tu à conjuguer sagesse et boulimie ?


Il suffit de transmuer l’un des termes de cette proposition pour corriger l’antinomie. Au lieu de boulimie, préférons évoquer la profusion, le foisonnement, la générosité de la vie et, en conséquence, le désir intense qu’elle suscite en nous. Cette abondance, cette prolixité qui me séduisent, m’attirent, et que je reçois, je les redonne au monde au travers d’une œuvre protéiforme.
Art Press a titré un jour sur “L’ascèse joyeuse de Xavier Zimbardo”, osons aujourd’hui suggérer une sage prodigalité... Les images du sacré sont porteuses de symboles. Contemplons le Bouddha : son ventre rond, apaisé, a la forme voluptueuse et tendre d’un oreiller qui ne se refuse pas. A l’image de sa bienveillante jovialité, qui est une invitation à la paix. Prise par les astrologues médiévaux au sens de jovialis, « né sous le signe de Jupiter », signe de bonheur et de gaieté. Il en faut, à l’heure où la planète bat de l’aile et menace de tourner de l’œil !
En tant qu’auteurs et en tant qu’êtres, nous portons une responsabilité en ces heures difficiles et troubles. La Terre notre Mère nous tend les bras, apprenons à la respecter si nous ne voulons pas être les derniers ou les avant-derniers à y vivre. Nos images devraient murmurer avec tendresse, hurler d’indignation, exhaler la saveur de l’amour. La dignité, le sens de la justice, la passion de la liberté, l’audace de se rebeller, l’extase devant la beauté, le respect de tout ce qui demeure fragile, voilà ce à quoi nous devons nous attacher et nous consacrer. Notre force rayonne dans l’intensité de nos élans créatifs et dans la puissance des formes dont nous accouchons. Soyons d’infatigables militants de la beauté pour donner le désir de construire plutôt que de détruire.


Propos recueillis par Michel Pontet


Nous voulons avec ce livre sur Sarcelles contribuer à changer l’image injuste qui est donnée de la banlieue et des classes laborieuses qui y résident. Fracassées par la crise du système et laminées par le chômage, elles élaborent des liens de solidarité dans le cadre des associations, restaurent la joie de vivre par le partage et la fête. La Ville de Sarcelles tient à disposition une exposition de cinquante tirages allant du 40 x 60 au 80 x 120 que nous souhaitons voir circuler dans les grandes villes de France. Si vous disposez d’espaces et de structures susceptibles d’accueillir celle-ci, n’hésitez pas à contacter Xavier qui transmettra vos demandes : xzangelo@gmail.com

Visa 2005 : Quand la pub se grille

Visa pour l’image 2005, un Visa parfait. Jusqu’ici tout va bien ? Pas à la lecture de Photo spécial Visa. Les couleuvres y sont des langoustes. On connaît les exigences pesantes des marchands de voir leur réclame toujours mieux visible. C’est pourquoi elle envahit systématiquement la page de droite des magazines, ce qui conduit à de déroutants vis-à-vis avec la page de gauche sensée nous informer. Hélas nos débitants de tout et rien revendiquent toujours davantage. On se retrouve donc avec des pubs carrément collées ... sur les pages d’information ! Et cette fois, ils ont frappé fort.

Sarcelles, le regard arc-en-ciel

"Tous les hommes rêvent, mais pas de la même façon. Ceux qui rêvent la nuit dans les recoins poussiéreux de leur esprit s’éveillent au jour pour découvrir que ce n’était que vanité ; mais les rêveurs diurnes sont des hommes dangereux, ils peuvent jouer leur rêve les yeux ouverts, pour le rendre possible." T.E Lawrence
Il était une fois un instituteur nommé Angelo Martin. La cité où il avait grandi et enseignait n’avait pas très bonne réputation. Elle avait poussé trop vite, et beaucoup d’histoires, vraies ou fausses, avaient circulé sur son compte. Ici, les gens étaient venus de tous les pays, et leurs enfants vous contemplaient avec des yeux de toutes les couleurs du monde, des regards arc-en-ciel. Ces familles, chassées de leurs terres par les guerres ou la misère, avaient apporté avec elles, aussi, un peu de toutes les douleurs du monde.

Ils dansent pour ne pas mourir

Depuis la découverte du "Nouveau" Monde, rares sont les Amérindiens qui sont parvenus à survivre sans renoncer à leur identité. Réfugiés au Nord-Ouest du Mexique dans les régions les plus inaccessibles de la Sierra Madre, refusant l’assimilation devant la pression des Métis et des Blancs, les Tarahumaras sont demeurés un peuple fier, intact et libre. Mais des famines successives et des projets de "développement" concoctés par des autorités davantage soucieuses de contrôle que d’aide menacent leurs derniers refuges.

Guatemala : la chevauchée infernale

Des silhouettes fantomatiques de bûcherons, ployés sous leurs fagots, surgissent et disparaissent dans la brume livide, le front ceint du mecapal, ce bandeau de cuir qui soulève des montagnes. De frêles bergères, emmitouflées jusqu’aux yeux dans des couvertures, poussant devant elles leurs brebis et leurs chiens, courent en silence parmi les roches déchiquetées. Des cavaliers pressés passent entre les grands pins que le brouillard estompe. Des armadas de nuages dissolvent le paysage de la sierra. L’horizon s’est perdu, avalé par un chemin blême qui ne conduit nulle part.

La fête du dieu de la guerre

"Haro Hara ! Haro Hara ! Seigneur, prends tout !" Le cri déferle, tel un furieux alléluia, porté par des milliers de voix. Prêtres graves drapés de blanc, roulements sans fin des tambours qui grondent dans la nuit de la forêt, danseurs bondissant à la lueur brûlante des torches, tordus sous le fouet d’une transe frénétique : le modeste village de Kataragama, au Sud-Est du Sri Lanka, accueille comme chaque année le plus saisissant des festivals ceylanais.

Le Moissonneur d’étoiles

C’est la nouvelle mode maintenant, ils tuent les artistes. Ça avait commencé avec les menaces contre Salman Rushdie. En Algérie, ils enlèvent des chanteurs et les exécutent, en Haïti ils ont battu un peintre à mort, lui ont broyé les testicules. Ils ne leur reprochent pas quelque chose en particulier, ils leur reprochent d’être. D’être vivants, joyeux, heureux, créateurs et libres, et de répandre autour d’eux le désir de vie, de joie, de bonheur, de création, de liberté. On les attaque dans leur corps, avec la plus extrême brutalité, on les anéantit, on les pulvérise. Pour répandre la peur, et la haine. Pour maintenir les carcans de morales obsolètes et le règne de l’oppression.

Visage de Paix

Ce fut un moment exceptionnel, à la fois grave et porteur d’un immense espoir. Pour la première fois dans l’Histoire, plus de 150 chefs religieux musulmans et juifs se sont réunis pour dialoguer, réfléchir à ce qui les unit plus qu’à ce qui les sépare, condamner l’utilisation de Dieu ou de leurs textes sacrés à des fins de violence et de politique.
La Fondation Hommes de Parole, initiatrice de l’événement, m’a témoigné une grande confiance en me chargeant de photographier, en exclusivité, tous ces courageux participants.

La rétine en révolte

Au jardin du Luxembourg, au pied des tours de Notre-Dame, dans des lieux hautement touristiques de Paris, j'entrepris de photographier en gros plan les yeux de passants inconnus. J'entendais protester contre la situation insupportable de notre planète à l'orée du troisième millénaire.

Femina et Umbra

L'approche extrême de la photographie en ce qu'elle a de plus enfoui au cœur d'elle-même révèle des reliefs insoupçonnés, des formes dans la forme, des œuvres en gestation à l'intérieur même de l'œuvre achevée. Je m'attachais à la métamorphose de l'image, à la façon dont des formes nouvelles et imprévisibles surgissaient de la dégradation des formes anciennes. Formes que je n'aurais pu enfanter par ma seule volonté ou mon imagination, mais que j'étais certain de pouvoir découvrir grâce au pouvoir créatif du "hasard".

Interview lors du Festival des Chroniques Nomades

Il ne faut pas penser qu’à soi-même en faisant des photographies, tout en ne s’imposant pas trop de contraintes. Tout cela dépend de qui s’empare de la beauté de la forme de l’image. Il existe un réel plaisir d’action et de création. Affronter des œuvres, des énergies vitales.

Qu’est-ce qu’une photo d’art ?

"Qu’est-ce qu’une photo d’art ? Quelle est la différence entre une photo d’art et une photo d’amateur ? Comment lire et décrypter une photo d’art ? Quelle est la place de l’artiste dans la société ? Quelle est la différence entre une photographie d’art et une photo de mode, de publicité, de reportage, etc."
Il ne s’agira pas d’une conférence, mais d’une errance, d’un vagabondage pour essayer d’approcher des réponses, puisque je suis d’abord un vagabond qui crée entre les abîmes de mes joies et de mes souffrances. J’essaierai donc simplement de vous transmettre un peu de cette expérience et de la perception du monde que j’ai reçue au travers de ces pérégrinations.

Bon anniversaire M. Tatsumoto / Quand la pub se grille…

"Aujourd’hui, rien." C’est ce que notait à Versailles, dans son petit journal quotidien, Louis Capet alias Louis XVI, au soir du 14 juillet 1789. Il est vrai que Sa Majesté se trouvait au moment de l’explosion à quelque vingt kilomètres de l’épicentre. Mathieu Kassovitz conte une histoire assez semblable en termes de cécité tragique dans La Haine. Un type tombe du sommet d’un building de 50 étages et, à chaque étage qui le sépare encore du sol, dans sa tête il se répète : "Jusqu’ici, tout va bien !

Les Seigneurs de l’Atlas sont des bergers

L’eau, la pierre, le feu, le ciel. Les hommes. Les étoiles. Les nuages.
Quels autres lieux invitent ainsi à se rassembler autour des mots simples, de ces termes essentiels qui fondent notre existence et toute forme de vie ? L’activité principale semble se réduire elle-même à un principe fondamental : aller de l’avant pas à pas. Marcher au bon rythme. Dans ce désert minéral, avec le jeune Brahim, nous avons dès le départ inventé un jeu. Chacun de nous a ramassé une pierre, qu’il garde précieusement, il doit tenter d’en trouver une autre qui puisse au plus près ressembler à la première. Dans cette immensité où tout semble identique, il n’est en fait pas deux cailloux qui soient semblables.
A force de sonder un horizon inaccessible et sans cesse mouvant, aussi insondable que la volonté d’Allah, quel âge a donc le regard de Brahim ? Cet enfant a onze ans, ses mains en ont quarante : rugueuses et énergiques à force d’arracher l’armoise éparse, d’en constituer de lourds fagots qu’il rapportera, le dos courbé à l’équerre mais d’un pas vif et sûr, pour chaque soir nourrir les dromadaires ; mains vigoureuses à force de construire un abri pour la nuit avec peu et de faire le feu avec rien.
Si, sous ces latitudes où l’on sait encore respecter et admirer l’expérience, on admet qu’un vieillard qui disparaît est une bibliothèque qui flambe, le moindre petit lutin coiffé de son burnous à la capuche pointue ouvre le premier chapitre d’une encyclopédie. La montagne lui fait office d’école, il en pénètre tous les arcanes pour l’avoir infiniment parcourue avec le troupeau familial à la poursuite d’une avare couverture végétale, à la recherche des précieux points d’eau où dresser le campement, reprenant avec un sens atavique de l’orientation d’invisibles chemins parcourus par ses ancêtres de génération en génération. Pas de piste le plus souvent, ni même de sentiers, mais des traces à peine perceptibles, des signes déclinés tout au long du parcours, la forme déchirée d’une crête, la silhouette étrange d’un rocher.

На вопросы ДИ отвечает Ксавье Зимбардо

«ЭТО ВСЕ Я»


На вопросы ДИ отвечает Ксавье Зимбардо


Ксавье Зимбардо. Француз, итальянского происхождения. Фотохудожник с мировым именем. Именно его фотография «Женщина в желтом» стала визитной карточкой Седьмой Московской Фотобиеннале. Встреча была назначена в Галерее искусств Зураба Церетели, где проходила выставка Ксавье Зимбардо «Сакральность цвета». И вот он появился. Энергичный, улыбчивый, невероятно артистичный. В широкополой шляпе, длинном плаще и с яркой трубочкой для мыльных пузырей в руке. Заметив в моих руках фотоаппарат тут же принялся позировать. Вскоре к нам присоединились Андрей Егоров – сотрудник Московского музея современного искусства на Петровке, переводчик нашей беседы, и профессиональный фотограф Светлана Постоенко. Осмотрев выставку, мы отправились в кафе, где продолжили беседу за чашкой кофе и личным ноутбуком Ксавье, на котором он показывал свои фотографии. Первым был цикл черно-белых фотографий – портретная галерея прекрасных незнакомок…




ДИ Какие красивые женщины. Подождите, но это же … увеличенные надгробные фотографии?
КСАВЬЕ ЗИМБАРДО Да. Серия называется «Умершие красавицы», и посвящена она любви и смерти, хрупкости жизни и хрупкости любви. Эта история возникла из лично пережитого. У меня был такой трагический опыт – погибла девушка, которую я любил. И мой отец, чтобы меня утешить мне тогда сказал – «Не грусти. Ты потерял одного человека, но, как знать, может обретешь десять других». Тогда у меня и возникла эта идея – искать женщин, которых я мог бы любить, но которые уже умерли. То есть, любовь и смерть. Я искал их на многих кладбищах, в самых разных странах, но в основном в Италии, где жили мои предки. Я видел сотни, тысячи, миллионы прекрасных лиц. Только в одном городе 600 000 таких фотографий, но не скажу в каком – я хочу их защитить. Они должны спать спокойно, их не должны тревожить. Я фотографировал эти снимки, увеличивал их….Умершие красавицы захватывали мое воображение и в тоже время ужасали. Это напряжение мне и было интересно. С фотографиями со временем происходит эрозия. Они постепенно исчезают. Но впечатление такое, как будто они наоборот появляются. Они словно пребывают в каком-то пограничном состоянии между жизнью и смертью. Между существованием и небытием. Между отсутствием и присутствием. И не понятно – эти женщины живы или мертвы, приходят или уходят? Почти шекспировская дилемма - «Быть или не быть».
ДИ Тема жизни и смерти, как я понимаю, очень важная для вас тема.
К.З. Это одна из моих центральных тем и в искусстве и вообще в жизни. Например, я сейчас произношу предложение и начало этого предложения уже мертво. То есть смерть всегда присутствует в нашем опыте. Соответственно жизнь и смерть это одно и то же. Хотя в обычной жизни мы их чаще различаем. Люди боятся смерти, они не принимают смерть. Хотя…
ДИ Смерть – это жизнь, а жизнь – это смерть. Так?
К.З. Совершенно верно. Я с вами говорю и по мере того, как я говорю, я медленно умираю. Но в тот же момент я продолжаю жить. Я полноценно живу настоящим моментом и всегда переживаю жизнь и смерть в соединении.
ДИ И страха смерти нет?
К.З. Раньше я боялся смерти, как и многие люди, но теперь нет. Потому что теперь я открыт перед богом. Я повсюду вижу незримое присутствие Бога. Постоянно вижу знаки, которые свидетельствуют об этом. А началось это в 1987 году 30 ноября, в день Святого Андрея. Три дня я получал знаки.
ДИ Что же это за знаки?
К.З. Я расскажу только об одном. Цифре 32. Мне было что-то наподобие откровения. От человека, который уже к тому времени умер. Я слышал голос, который говорил мне о том, что в моей жизни происходит много совпадений и о том, что они не случайны. Это был голос моего дяди. Его звали Андре. Он был художником. Он родился в 1932 году. А через тридцать лет 21 февраля он покончил жизнь самоубийством в знак протеста против войны в Алжире. И день в день 21 февраля ровно через 32 года родился мой сын. А до этого я в течение семи лет повсюду видел эту цифру – 32. В Индии если вы напишете этот знак на руке и покажете людям, они его будут интерпретировать как «Ом» - звук, который символизирует мир. Я для себя понимаю так, что мой умерший дядя был выбран проводником, посредником между мной и духовной силой, к которой я до этого никак не мог приблизиться. Раньше я был атеистом и совершенно не верил в бога. Образование получил в марксистском ключе. Очень был материалистически ориентирован. И когда я получил эти знаки, то осознал, что был не прав. Я ошибался.
ДИ Так вы в связи с этими полученными откровениями стали заниматься искусством?
К.З. Нет. Откровения имеют отношение к моему переосмыслению страха смерти. А что касается искусства, то я никогда не думал, что я стану художником. Я действительно поздно пришел к фотографии. В основном меня волновала социальная несправедливость, царящая в мире. Я всегда верил, что люди должны любить друг друга. Понимать друг друга. Я восхищался такими людьми как Иисус, Будда, Ленин, Че Гевара, Троцкий, Одиссей. Личностями, которые отдали свою жизнь за великие идеалы. Прежде всего, думали не о себе, а о каких-то прекрасных идеях. Я не говорю, что я разделяю все убеждения этих людей, но они были моими учителями в каком-то смысле. Так же и великие художники Пикассо, Бетховен, Рембрандт …. Я ими восхищался. Но никогда не думал, что я могу достигнуть их масштаба. Иногда мне говорят – ты гений. Я сразу вспоминаю моих героев и отмахиваюсь – нет-нет, я не достоин. До того как я стал заниматься фотографией, я работал в разных общественных организациях. Например, в группах защиты заключенных, национальных меньшинств. Словом, во всяких общественных организациях, которые призваны защищать права людей. Сейчас я работаю как раз над серией, посвященной влюбленным разного этнического происхождения. Сейчас правительство Франции дискриминирует такие пары, выступает против межнациональных браков. Потому что у них сейчас очень радикальная национальная политика, они хотят примерно 25 000 мигрантов выгнать из страны. Поскольку убеждены в том, что большая часть таких браков фиктивная.
Так вот когда я был политическим активистом мне всегда приходилось бороться с людьми, кому-то противостоять. Я бесконечно с кем-то полемизировал. Более того - я оценивал людей по их политическим убеждениям. То есть я сначала смотрел - каких человек придерживается политических взглядов – марксист он или социалист. А потом уже обращал внимание на человеческие качества. И так очень многие. В нашем агрессивном политизированном капиталистическом обществе мы перестали заботиться о о людях как людях, о ближних. Мы все время говорим о демократии. Но на самом деле продолжает развиваться система эксплуатации. Я как раз стремлюсь к тому, чтобы люди осознали, что такое настоящая демократия. Все производство должно быть ориентировано на то, чтобы создать благоприятные условия для жизни людей, а не для прибыли и не для власти какой-то одной страны или одной нации. И это не является утопией. Утопия это как раз обратная ситуация – верить в то, что если этот мир эксплуататорства будет и дальше существовать, то мы сможем чувствовать себя в нем счастливыми. И не понимать, что обществу в такой ситуации придет конец рано или поздно. Так вот тридцать лет назад я это осознал, но других не мог убедить. Меня считали сумасшедшим. Я чувствовал, что словно о стенку бьюсь. И только время теряю - постоянно говорю, спорю, сражаюсь с кем-то. Господствующие в обществе идеалы эгоизма, цинизма и ощущение собственного бессилия – это все вызвало у меня депрессию. Я спать не мог. Но я продолжал верить, и сейчас придерживаюсь таких взглядов, что это действительно возможно, потенциально возможно – изменить мир к лучшему.
И я задался вопросом – чем бы мне таким заняться? И нашел другой способ. Я понял, что хочу дарить людям надежду, красоту, эмоции, любовь, поэзию. Так я стал художником, я начал создавать произведения искусства, чтобы давать людям возможность почувствовать счастье и осознать что такое красота. И хочу делиться этой красотой со зрителями.
Я не мыслю фотографию, как профессию – это моя жизнь, мое искусство. Я много и напряженно работаю, постоянно делаю выставки, выпускаю книги. Но не ради денег, а ради чистого творчества. Я не создаю произведения искусства ради денег и ради славы. Да, у меня есть и то и другое. Но деньги и слава пригодны только для одного – чтобы делиться красотой, делиться любовью, сердцем своим, человеческим теплом. Чтобы передать людям столько эйфории и энтузиазма, что они почувствуют в себе великую силу и откроют свои сердца и попробуют изменить себя к лучшему, и найдут правильный путь, будут уважать и достойно относиться к себе и к окружающим.
ДИ Расскажите, пожалуйста, о серии фотографий «Холи», которую вы привезли в Москву.
К.З. Я сделал ее во время празднования в Индии традиционного фестиваля «Большой праздник», самый большой праздник, который вообще можно помыслить, он как глубокая молитва. Фестиваль имеет два имени. «Мадана» - это одно из имен царя Кама, которого мы знаем по Кама-Сутре.
Кама-Сутра ведь это религиозная книга, о божественной любви. Ее центральная идея заключается в том, как осуществить духовную связь с ближним. При помощи разума, при помощи тела, при помощи сердца. Второе название фестиваля – «Праздник весны». Во время фестиваля люди раскрашивают друг друга землей, цветной глиной – красной, зеленой, желтой, синей. Но особенно красной, потому что красный символизирует страсть. После чего обливают друг друга водой. Мокрые одежды очень красиво облегают тела женщин. Женщины подходят к мужчинам, разрывают их одежды на части, выжимают и шлепают мужчин этими мокрыми скрученными тряпками. Все меняется – черное становится белым. Обычно же мужчина доминирует над женщиной, а тут женщина берет на себя доминирующую роль. Но это все в юмористическом ключе, шутливом, в том смысле, что все становится возможным. Все табу снимаются. И социальные и моральные. В этот день мужчина может подойти к любой женщине и прямо ей сказать, что хочет заняться с ней любовью. И это в каком-то смысле поэтично. Что-то сродни дионисийским мистериям. В результате всех этих действий краски на телах людей смешиваются в единую кашу - цвет становится коричневатым. На одном из снимков все женщины выглядят практически черными. Стираются различия между людьми. Уже нет тебя или меня. Нет Эго. «Я» пропадает, оно растворяется в едином. Все становятся частью единого Бога. Вы растворяетесь в Боге. Вы выходите из границ своего тела. Больше нет разницы. Все выглядят примерно одинаково. После того как ритуал закончится все чувствуют себя очень изможденными.
ДИ А сколько он длится?
К.З. Он путешествует из одной деревни в другую деревню. И есть один главный день во время весеннего полнолуния. Накануне ночью люди разводят огромный костер. Приносят к этому костру много старых вещей и сжигают их. А утром как раз начинают друг друга раскрашивать. Это длится несколько часов. После чего смывают с себя всю эту землю и одевают новую одежду. Выходят на улицу, приветствуют друг друга и просят прощения, если что-то было не так, и кто-то кого-то ненароком обидел.
До меня никто этот ритуал не снимал. И я считаю, что все мои серии, мои работы приходят ко мне благодаря какому-то проведению, знакам. Я считаю, что в Индию меня направила какая-то сила. Я был туда послан. Очень долго объяснять, но было очень много совпадений, благодаря которым я там в итоге оказался. Это совершенно не случайно. Я должен был сделать книгу про этот ритуал, сделать эту серию. Потому что это потрясающее событие.
ДИ В нем, очевидно, заключено Ваше понимание жизни, он выражает Вашу философию.
К.З. Да, действительно, именно с этой философией я согласен. Она мне близка и родственна. И все вещи, которые я делаю, совместимы с этими ценностями, которые этот фестиваль провозглашает.


На экране монитора появляется новый цикл фотографий. Монахи. Ксавье комментирует.


К.З. Эта серия сделана в монастыре на горе Афон в Греции. Там много монастырей на этой горе. И в частности там есть скит, посвященный Св. Андрею. Снова совпадение. В начале это был монастырь русской общины. После революции 1917 года монастырь перестали финансировать. Больше туда не приезжало молодых монахов, а те, что там уже были, постепенно состарились и умерли. В 1 957 году монастырь сгорел. Превратился в руины. Когда я туда приехал, там было пять молодых монахов-реставраторов, которые занимались реставрацией икон. Они каким-то образом знали о моей книге «Умершие красавицы». И мои работы им понравились. Они были заинтересованы. Обычно в монастырях на Афоне можно провести четыре дня. А меня на несколько недель пригласили, чтобы я там жил и снимал. Это был проект под покровительством французского правительства и соответственно руководителями горы Афон. Пока я там находился, я одевался во все черное, отрастил бороду. Я быстро адаптировался к этой среде. Я хотел походить на моих друзей монахов.
ДИ Да Вас просто не отличить от них. Такая мимикрия.
К.З. У меня есть книга про мафию и проституцию в Тайланде. Когда я там снимал, то побрился наголо, ходил с несколькими моими сицилийскими друзьями, вел себя развязно и выглядел как подвыпивший американский солдат. Снимал без вспышки как будто нарочито любительские фотографии.
А еще был со мной такой эпизод в Мексике. Там высоко в горах, в богом забытом месте, живет такое потерянное сообщество индейцев. Их осталось немного. Живут они замкнуто и не отличаются особым гостеприимством. Но при этом чувствуют себя очень свободными и независимыми. И вот я задумал их снять. Но к ним же надо было как-то войти в доверие. И тогда я решил написать несколько песен на их языке. Я играю на гитаре. Купил словарик. В словаре были такие стандартные выражения как – «Я ем бобы». «Я ем картошку». И т.д. Я взял эти перечисления и сделал их текстом песен. Очень смешно получились. Таким образом, подготовившись, я отправился в горы. Такого как я они точно никогда не видели. Хохотали до упаду. Я им понравился и они меня попросили остаться. Я четыре недели с ними провел.
ДИ Вы чувствуете себя человеком мира? Или все же соотносите себя с какой-то конкретной культурой?
К.З. Вырос я во Франции, у меня французское образование. Я чувствую свою близость идеалам французской революции. Прекрасно знаю французскую историю. И французское искусство лучше знаю, чем другие культуры. Но я не могу сказать, что я горжусь тем, что я француз, или то, что у меня итальянские предки. Это просто моя традиция. Для меня и русские, и индусы, и французы, и итальянцы – мои братья. И я ни в коем случае не считаю Францию, мою родину, первой страной среди других. Мне интересно узнать как можно больше о других культурах. Я очень любознательный. Но, как и у всех людей, у меня есть корни. Но, имея корни, я превратился в дерево, ветви которого охватывают весь мир.
Но сейчас в нашем разговоре я хочу вернуться к Афону. В 19 веке в этом монастыре останавливалась французская и русская дипломатическая миссия. И в этой миссии были фотографы, которые сделали портреты всех монахов в общине. И я нашел эти фотографии! Они все были покрыты пылью. Как видите, они крошечного размера. И когда на них смотришь обычно, они вроде нормальные. А когда через увеличительные линзы приближаешь, то вот эта пыль создает удивительную фактуру.
ДИ И тот же самый эффект, что и в «Красавицах» - пограничное состояние между появлением и исчезновением.
К.З. Совершенно верно.
ДИ Как называется эта серия?
К.З. «Монахи пыли». Книга вышла в Нью-Йорке. Во Франции была большая выставка.
После этих двух серий я со своими фотографиями стал работать совершенно так же. Я решил создать такой же эффект. Я брал собственные фотографии – ню или портреты, клал их в погреб своего дома и постепенно они покрывались пылью, становились грязными. И я их переснимал. То есть делал фотографии моих же собственных фотографий. И увеличивал их. В монастыре – это были аутентичные фотографии. Дома я их создавал искусственно. И я все время думаю о тех же экзистенциональных вопросах – Откуда мы? Кто мы? В чем наше предназначение?
Как художник я учусь каждый день, постоянно экспериментирую. И так до смерти я и буду экспериментировать. Художник, как и любая другая профессия, предполагает, что вы учитесь. Я никогда не бываю полностью удовлетворен. Я могу быть счастливым, но при этом у меня всегда есть это желание чего-то еще найти, чего-то достигнуть, что-то открыть для себя новое. Я смотрю на цветок. Он прекрасен. Но я же знаю, что в мире еще столько цветов! Столько богатства. И если даже на этот же цветок прольются дождь, он преобразиться, он будет выглядеть по-другому. И жизнь для меня – это всегда обновление, всегда какое-то перерождение. Вот на этой фотографии был волос. Он просто прилип к фотографии, я хотел его убрать, дотронулся пальцем и получился такой вот эффект свечения. Очень-очень хрупкие фотографии. Но я сразу же подумал – такие мы и есть. Мы же хрупкие очень. Кто-то подходит, вот так делает (дует), и мы исчезаем. Но что ж. Нужно к этому с иронией относиться. Каждое мгновение моей жизни меня чему-нибудь учит. Каждый человек, которого я встречаю – мой учитель, мой гуру. Сначала мы не знаем друг друга . А потом мы соприкасаемся, смотрим друг на друга, отражаемся друг в друге.
ДИ А может не стоит никого так близко рассматривать? При таком приближении, как на этих фотографиях, все может оказаться не так прекрасно. Скрытое становится явным. Гладкое оказывается травматичным.
К.З. Я считаю наоборот. Человек становится более прекрасным, когда к нему приближаешься максимально. Самый прекрасный вид у человека, когда с ним занимаешься любовью. Когда вы так близко, вы видите настоящую красоту, настоящую страсть. Для меня, например, великое произведение искусства – полная загадка. Как Бог – вроде бы он везде, но мы не знаем где он. Если вы кого-то любите, вы видите что-то в глазах, что-то чего нет в глазах у других людей. И вы думаете – почему? Почему настолько сильные у меня ощущения? Я не знаю. Наверное, потому что это ты и потому что это я. И ничего больше к этому добавить. Почему произведение искусства прекрасно? Оно просто прекрасно и все. Многие могут это почувствовать, потому что оно проникает в саму сущность человека, в исток жизни, и в лик любви.
ДИ Вы поэт, Ксавье.
К.З. Я просто человек. И я просто инициирован. Жизнь это как обряд инициации. Каждый день мы его проходим. Мы учимся быть людьми. И для меня именно в этом заключается смысл того, что я

COMMENTAIRES

Je 15 Novembre 2007 13:00
Merci chere …


Holi, les Belles Disparues, Moscou le metro, etc : il y a dans mes travaux joie et detresse, confiance et angoisse, la solitude et la tendresse, violence et serenite, mystere et ouverture, viol et amour tendre, metamorphose et stabilite, destruction et mise au monde, la vie et la mort intrinsequement lies, tenebres et clarte, ombre et lumiere, le jour et la nuit qui avance sans cesse avec la Terre tournant autour du Soleil petit point exaltant dans un univers silencieux, toutes ces choses qui se combattent et s harmonisent en moi, toute la complexite de l existence, sa fragilite, sa durete, que je ne comprends pas toujours comme je ne me comprends pas toujours mais j essaie d avancer et d aller plus intense et plus profond.


Heureusement j ai quelques merveilleux amis comme toi pour m eclairer... car le chemin est passionnant mais il est rude. Dur de ne pas baisser les bras... Initiation...

Pleurer sur une image

Jean François Castell (photographe, auteur "Le chemin de papa")
"


je suis un homme heureux ".
" Il y a quinze ans, je regardais avec admiration les photos de Xavier Zimbardo dans les magazines, ce sont elles qui m’ont fait rêver et qui m’ont donné envie de devenir photographe. Aujourd’hui, je me retrouve exposé à côté de lui et en train de dîner à ses côtés…Quel privilège ! Cela me fait penser que je suis dans le droit chemin. Il y a une magie là-dedans. "




Xavier Zimbardo



Je suis très content d'avoir pû motiver la vocation de photographe chez des gens.
" Ce qui est bien dans ce métier, c’est que l’on apprend tous les jours, à soi et aux autres."
Il y a des guides très bien faits qui enseignent aux photographes comment écrire un projet photographique, comment parler de ses photos, comment trouver des financements…Et plus on met la main à la pâte, plus on en apprend, tous les jours. D’où, tout est intéressant.
Un des pièges dans lequel il ne faut pas tomber dans ce métier est celui de la sensibilté face aux critiques. En 1988, lorsque j'ai fait mon reportage sur les prostituées en Thaïlande, j'ai subi énormément de critiques. Zoom m'a reproché d'être un boy-scoot, avec un propos moraliste de troisième classe, tel Tintin qui découvre la prostitution. Quant à Photographie magazine, ils ont dit que ma copine, qui était alors Caroline Feyt, et qui pourtant était une photographe reconnue, était une petite conne de m'avoir laissé partir me faire baiser par les putes de Thaïlande. Ils nous ont vraiment insulté, alors qu'entre nous, c'était une histoire d'amour. Cela a été tellement dur pour moi, que j'ai été jusqu'à me couper les veines.
Aujourd’hui, je suis beaucoup plus serein. Je ne suis plus affecté par les critiques pseudo-intéressantes. Je ne tiens compte que des critiques constructives et pas des "bla-blas".
C’est très dur de dire la vérité de ce que l’on est. Les rapports humains sont très complexes.

Sur cette terre, il y a encore des choses qui sont belles. Je voulais le montrer avec ces photos présentées à l'exposition. Elles sont devenues un matériau privilégié, pour illustrer une idéologie selon laquelle tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il ne faut pas penser qu’à soi-même en faisant des photographies, tout en ne s’imposant pas trop de contraintes. Tout cela dépend de qui s’empare de la beauté de la forme de l’image. Il existe un réel plaisir d’action et de création. Affronter des œuvres, des énergies vitales.
Il y a une réelle culture de l’image. Il faudrait pouvoir réussir à la transmettre. C’est réellement un apprentissage ; il faut apprendre à s’arrêter pour regarder l’image avec concentration –pour lire ce qui se passe à l’intérieur, dans le fond, les détails, etc.
Et quelques personnes, le microcosme, pensent que l’image a d’autres choses à leur transmettre, avec intensité. Ils vont ensuite essayer de mettre des mots, des verbes, sur ce qu’ils ont perçu en s’attardant sur l’image.
"
Celui qui n’est pas capable de pleurer sur une image, sur une œuvre d’art, ne peut pas être critique.Un critique d’art doit forcément être un poète et un amoureux, parce que l’art est une question d’amour. "

Questions à Xavier Zimbardo

1 Donnez-moi votre définition de votre métier.
C'est un métier très ouvert, avec tout un éventail de possibilités quant à la manière de le pratiquer. Cela dépend du choix de vie de chacun. Sur ma carte de visite, j'ai écrit : « moissonneur d'étoiles ». Chacun peut y lire ce qu'il perçoit selon son approche poétique du monde. Je suis né du chaos de l'infini et retourne vers l'éternité de l'inconnu. Chaque jour est une initiation, une découverte, une rencontre, une surprise, et je le dédie à une recherche créative de la bonté, la beauté, la justice et la vérité. Photographier est pour moi presque aussi important que de respirer. C'est ainsi que je peux recevoir la magie de la vie puis retransmettre et partager ce que j'ai ressenti. À l'instar de la vie, mon métier ne cesse d'évoluer, je m'adapte et évolue avec lui.


2 Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer par l’image ?
Il y a une dimension dans l'image qui permet de suggérer ce que les mots ont du mal à définir. La pensée est toujours au-delà des idées et des mots. Toute une part de mystère nous échappe. La création artistique quel que soit son mode d'expression est aussi étrange et troublante qu'une histoire d'amour, avec sa part d'inexplicable. Libre ensuite à chacun, dans son unicité et sa diversité, de se trouver bouleversé devant l'oeuvre selon ce qu'il porte lui-même de profondeur et d'intensité. Mais les mots aussi sont importants, et le mariage des mots avec les images peut engendrer de saisissantes créatures.


3 Quel Canon EOS utilisez-vous en vidéo et pourquoi ?
C'est vraiment formidable, extraordinaire de pouvoir maintenant travailler en faisant sur les mêmes lieux des photos et de la vidéo. Ce sont des approches différentes mais très complémentaires. J'utilise deux boîtiers Canon EOS 5 D Mark II, tout simplement parce qu'ils sont excellents, et je ne dis pas ça pour leur faire de la pub : tous ceux qui ont travaillé avec moi ont vu à quel point je resplendis de bonheur de pouvoir me servir d'engins aussi performants. Ils sont le plus souvent équipés avec un zoom 24-105 et un zoom 70-200L. En certaines circonstances, j'emploie le zoom 17-40L. Mais je me sers aussi parfois de focales fixes parce qu'elles permettent une mise au point plus rapprochée et ont de plus grandes ouvertures. L'objectif de 14 mm offre aussi des angles exceptionnels.
Pour le travail de post-production, je travaille avec un assistant puis un monteur car l'échange est nécessaire et fructueux. Les finalités de mon travail sont multiples : cela vise le Web, les musées, les festivals, la télé et peut-être plus tard le cinéma.


4 Quels en sont les qualités et les avantages ?
La richesse de la gamme optique m’offre une profusion de choix créatifs. Il faut souligner que le rendu de l'image est exceptionnel même en basse lumière, le son est tout à fait satisfaisant sans qu'il soit nécessaire d'adjoindre un microphone extérieur sauf en de très rares occasions. Et la fonction de nettoyage du capteur est très efficace. Quant au full hd, c’est un must, puisque je ne suis moi-même passé au numérique que lorsque j’eus la certitude de pouvoir en disposer, avec une qualité irréprochable.


5 Pourquoi utilisez-vous un appareil photo pour filmer ?
J'ai autrefois essayé de faire les deux, la photo et la vidéo, avec des matériels différents. Résultat : j'ai renoncé. Je ne suis pas Shiva avec une quantité astronomique de bras... Déjà, le poids du matériel a brisé les reins de nombre de photographes ! Alors maintenant, c'est vraiment le rêve qui devient réalité avec ces fabuleux matériels dont on peut à tout instant choisir si on va faire de la vidéo, ou de la photo, ou les deux ensemble car en plus on peut déclencher pour faire une photo tout en continuant à filmer en continu : on perd à peine une seconde !
Cela offre aussi la possibilité de travailler seul et donc de pouvoir pénétrer plus facilement dans certains milieux où il serait difficile de travailler avec autant de discrétion et de convivialité s'il fallait s'y rendre en équipe.


6 Parlez-moi de l’équipe Canon et des spécificités de Canon ?
J'utilise des boîtiers Canon depuis une trentaine d'années. J'ai vu passer bien des évolutions au service de notre créativité et je n'oublie jamais quand je me sers de mon appareil le travail en amont et en aval de toute une équipe d'ouvriers, d'ingénieurs, de chercheurs sur lesquels je peux compter. Disposer d'un service après-vente sans faille ou de conseillers, de techniciens et de commerciaux à l'écoute de nos besoins est extrêmement important. Avec Canon, je peux dire que c'est vraiment entre nous une histoire de famille : je compte sur mes connaissances là-bas, qui sont solides, comme sur des frères et soeurs.


7 Quelles sont les histoires que vous avez racontées avec cet appareil ?
Je suis en train de reprendre les histoires sur lesquelles j'avais travaillé uniquement en photo pour en faire à l’époque des livres ou des expositions, et aujourd'hui j'en fais des films tout en travaillant à nouveau sur ces mêmes sujets en images fixes avec un souci d'améliorer encore le trésor d'images à partager. Par exemple, je suis retourné faire la fête de HOLI en Inde ou les usines textiles. Tout récemment, je viens de travailler sur le théâtre d'ombres en Indonésie avec l'agence Rapho, et cela va donner lieu à une exposition et un livre collectifs sur le patrimoine immatériel de l'humanité, mais aussi nous réalisons un multimédia, et sans doute un film.


8 Quelle est l’étape de votre travail qui vous plaît le plus ?
J'aime tout ! La préparation. La recherche des contacts et des financements. L'organisation. La mise en œuvre. Les voyages. Les nouvelles amitiés. Les amitiés qui durent. La variété incroyable des jours. L’aventure. Les surprises continuelles. Les épreuves à affronter. Les problèmes à résoudre. La découverte et la sélection des images. Les équipes avec lesquelles je travaille. Etc. etc. J'Aime Tout ! ! ! Et bien sûr REGARDER avec passion et émerveillement.


9 Quels sont vos supports préférés et pourquoi ? (Presse, cimaises, web, Tv, cinéma, tous…).
Pour l'instant et jusqu'ici, j'ai toujours préféré les expositions et les livres. Les expositions à cause de la taille et de la splendeur formelle des images que l'on peut présenter, car rien n’égale un somptueux tirage, et les livres à cause de la durée, des constructions possibles grâce au déroulé et à la mise en page. Mais maintenant, je crois que je vais adorer y ajouter des DVD qui permettront de donner encore plus de puissance, d'énergie, de mouvement, d'existence à ce que je désire mettre au monde.


10 Après la vidéo sur l’appareil photo, quelle serait l’extension idéale ?
L’enthousiasme, le rire, les larmes, une conversation passionnante, l'intelligence, l'imagination, l’un regard tendre, une longue chevelure soyeuse, une peau douce, pouvoir se tenir par la main... Je plaisante bien sûr, mais on passe tellement de temps avec son appareil photo et pas assez avec celle que l'on aime... Mais c'est comme ça... Je crois que ce sera toujours difficile de faire autrement. La photo est une pratique nécessairement solitaire par certains aspects car elle nécessite une extrême concentration. Je pratique d'ailleurs la méditation et le yoga pranayama quotidiennement.
Pour le reste, je ne me fais pas de soucis, les gens de chez Canon vont sans doute me surprendre encore avec des innovations dont on se demandera comment on a pu s'en passer jusque-là !


11 Donnez un conseil à celui qui aimerait tenter l’expérience de la vidéo en photo ?
Pas de conseil à donner sur ce point. Juste, faites-le. Faites-le vraiment. De tout cœur, comme pour tout. Ce serait tellement dommage de s'en priver. Et puis amusez-vous bien et donnez-nous à découvrir. Merci d'avance !


12 Quelle histoire rêveriez-vous de raconter en images ?
Ma mort. Cela m'intrigue et je ne saurai certainement jamais ce qui m'est arrivé au moment de mon dernier souffle. Comme tout le monde... Ma mort et puis peut-être ma vie après la mort si ça existe... Raconter ça en images et vous l'envoyer, ce serait franchement très sympa. C'est peut-être ça, l'extension idéale. Un boîtier où on pourrait rentrer comme dans un cercueil et continuer le voyage pour toujours et toujours rêver encore et encore, ensemble...


Bio en bref


. 1955 : Naît le 12 mars en France.


. 1989 : Abandonne l’enseignement et se consacre à la photographie indépendante.


. 1998 : Prix Air-France Ville de Paris pour ses photo-reportages.


. 2001 : Réalise ses premières œuvres vidéos « Les Bambous » et « La Salamandre ».


. 2003 : S’engage dans des créations numériques comme « Voiles ».


. 2006 : Fonde le Festival International de la Photographie Sociale (PHOTSOC).


. 2007 : Publie « Made in Sarcelles, Belle comme le Monde » et « HOLI, fête de l’Amour et du Printemps » chez Images en Manœuvres.

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