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MARCHE AVEC MOI, MA JOIE !

Marche avec moi, ma joie !
Le 29 octobre 2008
http://www.larevuedesressources.org/xavier-zimbardo-marche-avec-moi-ma-joie,1052.html


Rêve toujours, la nuit reviendra sans toi, un jour. Et tu n'en sauras rien.


La loi n'est pas faite pour les gens comme toi, et toi, tu n'es pas faite pour la loi. Alors, quoi ?


Tu es peine mais terre de délivrance, perle perdue revenue de tous les outrages, âge féroce mangeur de vent.


La calamité douloureuse de tes seins s'insurge-t-elle ? La vérité est un cyclope à l'oeil avalé par les loups.


Les chaumières s'ouvrent et se ferment, oublieuses des saisons trépassées.


Qu'on ridiculise notre révolte, peu nous chaut ! Sache toujours espérer par-delà l'avalanche des cyclones...


Qu'on ridiculise l'amertume, peu nous importe ! Nos yeux de lézards argentés sautent de branche en branche, trouant l'espace, ivres éclairs...


Marche avec moi, ma joie ! Laisse-les poursuivre leurs mensonges, laisse-les regarder fondre les glaces des deux pôles, avec leur sourire niais nier...


Marche avec moi, ma joie ! Préfère l'abnégation du silence au navrant écho de leurs paroles fausses...


Marche avec moi, ma joie ! Marche seule, sans peur, devinant de la tête et des hanches telle une danseuse galicienne empourprée de nacre, de musc et de jasmin... de cytise, de grenade et d’orange…


Sois une prière, mon coeur. Ne les laisse pas faire rimer l'audace avec le gel de ta face.


Sois une prière, mon coeur. La fenêtre est un miroir pour la traversée du soleil.


Sois une prière, mon coeur. Si tu ne peux voir venir demain, alors nous sonnerons l'alarme.

LE MOISSONNEUR D’ÉTOILES 

Le Moissonneur d’étoiles
Le 29 septembre 2005
http://www.larevuedesressources.org/le-moissonneur-d-etoiles,450.html


C’est la nouvelle mode maintenant, ils tuent les artistes. Ça avait commencé avec les menaces contre Salman Rushdie. En Algérie, ils enlèvent des chanteurs et les exécutent, en Haïti ils ont battu un peintre à mort, lui ont broyé les testicules. Ils ne leur reprochent pas quelque chose en particulier, ils leur reprochent d’être. D’être vivants, joyeux, heureux, créateurs et libres, et de répandre autour d’eux le désir de vie, de joie, de bonheur, de création, de liberté. On les attaque dans leur corps, avec la plus extrême brutalité, on les anéantit, on les pulvérise. Pour répandre la peur, et la haine. Pour maintenir les carcans de morales obsolètes et le règne de l’oppression.
Quand les espoirs de révolution s’éloignent, quand la voix des politiciens sonnent creux, quand les luttes sociales sont remplacées par des combats fratricides, il reste toujours, quelque part, un poète, un peintre, un chanteur. Une flamme, une lueur pour nous aider à survivre, et c’est cela qu’ils veulent éteindre. René Char le disait : « Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler. »
Sur l’oiseau, feu à volonté !
*
Quand j’ai arrêté de militer, j’ai arrêté d’écrire. De parler. De dire. Trop dur de tout laisser tomber. Trop dur de continuer. Une question qui se répète, lancinante, sans trouver sa réponse, en entraîne mille autres, toutes s’égalisant, et le sommeil s’en va, pour longtemps. La nuit, le jour, les pensées se bousculent, s’entrechoquent et se perdent. Le sexe ramolli, rétréci par l’angoisse, n’offre même plus les consolations solitaires. Les livres me médusent, je les ai refermés.
Promenant mes yeux désolés et fragiles d’insomnie sur les plantes de l’appartement, étendu abrité sous leurs feuilles, je leur dépose mes rêves cassés, mes espoirs dévastés. Elles me répondent qu’il faut encore vivre. Dans la solitude, elles remplacent les amis partis, mes camarades abandonnés.
J’ai voulu m’enfermer. Les mots et les souvenirs fuyaient de ma mémoire disloquée comme d’une plaie béante. Trou rouge trou noir j’ai cru cautériser ma tête malade au fer incandescent de l’oubli. Ma tête me brûle encore. Je me souviens.
Au cœur de ma plus vive souffrance, j’ai conservé la force de refuser l’indifférence, et fait un long chemin pour apprendre à me redresser. C’était il y a huit ans, déjà...
Huit ans pour retrouver mon être éparpillé.
*
Petit Poucet rêveur, pour ne pas me perdre, je laisse derrière moi des images, petits morceaux de pain noir et blanc qu’ont le droit de cueillir les oiseaux ; Petit Poucet trop vite grandi, qui rattrape son enfance en suçant son pouce à tour de bras, et en montrant du doigt dans tous les SENS. En vrac, dans ma caisse à jouets mal rangée, j’ai engrangé deux ou trois refrains, quelques fredaines, des animaux baroques, des fantômes, des danseurs fatigués, des femmes... si belles !, du jasmin, avec un peu de la misère du monde. J’ai fermé avec un nuage, mais la clé est restée sur la serrure.
*
La nuit pour en parler. Parler à la page blanche de mes nuits blanches. Enfant, le rideau rouge de ma chambre à coucher crachait laves et pierres, rideau volcan, compte à rebours de ma démence. La mésentente de mes parents résonne du bout de la cuisine HLM. Elle se mêle turbulente, harassante, aux jaillissements des scories, bouche crachante de la montagne en flammes. Un visage sur moi se penche, un gant sur mon front, une voix qui voudrait m’apaiser. Le rideau brûle et se déchire. Les ongles de maman s’enfonçant dans le bras de papa. Il lui tient les poignets. Il serre les dents, ne dit rien. Elle voudrait le mordre pour se libérer. Une poêle dans les mains de maman. Elle frappe, frappe. Papa dans le rouge du rideau. Papa dans mon mauvais rêve. Il faut que je me réveille pour leur dire d’arrêter. Les chiffres à toute vitesse dans ma tête et sur le rideau. Plus guère de temps pour les sauver. Ma famille en danger de mort. Moi seul pouvant intervenir. Tout petit homme paralysé.
Cauchemar chronomètre. On va prendre ma température. Maman tu m’aimes ? Oui mon grand. Où est papa ? Papa est là, ne t’inquiète pas. Je sens sa main presser la mienne, et son parfum.
Où est papa ? Une question pour toute une vie. Une question qui n’en finit pas de s’absenter, de revenir. Je déteste la famille, la morale vaine, le catéchisme, les mensonges. Papa a une maîtresse. Je ne sais pas ce que ça veut dire. La maîtresse c’est elle qui m’a appris à lire, à écrire. Papa va partir, il ne reviendra pas. Selon maman, la nouvelle femme de papa est une putain. Ca non plus je ne sais pas ce que cela veut dire. Mais c’est un mot terrible, pour sûr, puisque personne ne le prononce dans la famille. Putain mutin lutin butin, c’est fou ce que ce mot sonne fort, sonne bien. Famille vanille camomille combustible volcan. Famille putain, c’est fou comme ça résonne bien au ventre de ma colère.
P.-S.
Ce texte a été lu en public le 27 mai 2005, lors d’une soirée de la revue des ressources organisée aux Cariatides, Paris.

DU BIEN-ÊTRE ET DU « TIENS-TOI BIEN »

Du bien-être et du « tiens-toi bien »
Le 21 février 2010
http://www.larevuedesressources.org/du-bien-etre-et-du-tiens-toi-bien,1783.html


Pour les seize ans de mon fils Kristen


À toi mon ange d’amour,
de courage et de douceur,
mon fils loyal et droit.
Comme tous les enfants du monde,
tu m’as offert plus de leçons
que je n’ai de conseils à te rendre.
Maintenant tu es grand,
Petit homme…
Alors voici de l’or,
le seul qui vaille son pesant d’or :
le seul qui fasse garder le nord !
Si tu aimes la liberté,
il faudra savoir t’étendre sur la terre parfumée,
apprendre à la respirer,
y étreindre ta belle
en douceur et en profondeur,
et non pas te coucher devant les oppresseurs.
Si tu aimes la liberté,
il faudra savoir mettre un genou en terre
pour aider celui qui est tombé,
lui permettre de se relever,
mais ne jamais t’agenouiller devant l’arrogance
des grandes mais fausses puissances.
Si tu aimes la liberté,
il faudra savoir t’asseoir pour méditer,
et pas pour renoncer,
t’asseoir pour réfléchir
et non pas pour fléchir.
Si tu aimes la liberté,
il faudra savoir t’incliner
devant la beauté du monde
devant la splendeur des choses
devant la grandeur des êtres
devant le mystère du fini et de l’infini
mais refuser de baisser le front devant les contempteurs.
Si tu aimes la liberté,
il faudra demeurer quelqu’un de bien
et pas forcément te bien tenir,
que tu sois tel que tu dois être
et pas tel qu’on attend que tu sois.
Si tu aimes la liberté,
il faudra vouloir te dresser
et te redresser sans cesse
pour défendre de justes vérités
avec noblesse et dignité
mais ne jamais te tenir debout
au garde-à-vous
devant des lâches
ni jamais faire le beau
comme un chien apeuré.
Si tu aimes la liberté,
il faudra préserver des ailes à ta sagesse,
des sentiers fleuris à ta folie,
de la candeur en ton regard
jusqu’à ton dernier souffle de bonheur,
et surtout laisser passer ce qui ne sait rien
faire d’autre que
Passer.
En avant Route
à toi
et à ta descendance !

AIMER AIMÉ CÉSAIRE

Aimer Aimé Césaire
Le 3 février 2010
http://www.larevuedesressources.org/aimer-aime-cesaire,1540.html


Aimer est nécessaire...


Aimer Aimé Césaire...


Quatre ans s’écouleront après notre rencontre avant que tu ne meures...
Je n’ai jamais voulu montrer ces photographies...


Quand nous les avons faites, ensemble, avec ton visage tellement vivant, avec ton âme toujours si grande et chaleureuse et accueillante, j’ai décidé que jamais elles ne seraient des images de charognard... Que jamais elles ne seraient là pour exprimer ton deuil, ou plutôt notre deuil, de toi, aimé...


Quelle belle énergie en toi demeurait à ce grand âge ! Allez faire de ces photographies des images distribuées et vendues en agence, quand peut-être soudain tu allais mourir ? Certainement pas. Depuis bientôt six ans, je regarde donc seul ces photographies et je voulais qu’elles viennent un jour comme un soupçon de résurrection plutôt que de venir accompagner ta mort...


Alors enfin ce soir, un peu par hasard, repassant par toi, repassant par nous en cette ultime rencontre, je suis allé regarder sur la Toile, la vaste toile de la vie et de la mort, l’image qu’on y trouvait de toi, c’est-à-dire Google Aimé Césaire images...


Quelle tristesse ! Alors que tu nous avais offert un visage tellement intense et vivant et brave !


Alors ce soir ce n’est pas l’anniversaire de ta naissance, ce n’est pas non plus le jour où commémorer le souvenir de ton départ vers l’ombre qui n’en finit pas, c’était le jour de rien, c’est juste notre nuit des retrouvailles pour diffuser enfin ces images où tu m’as permis de dire tant et tant... Merci... Je jette un je t’aime... Parce que quoi d’autre ? Je n’ai même pas de rhum, juste de la vodka, et du rire et des larmes...


Offrons ensemble la poésie de ton regard pétillant d’une éternelle étreinte à la plus belle femme du monde qui encore cette nuit fait silence... Elle se reconnaîtra comme je l’ai reconnue, et comme tu aurais su lui sourire...


Étoile fuyante...

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