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Mais alors, y a-t-il une autre manière de concevoir l’action ? Oui. Non pas penser avant d’agir, mais être pleinement conscient pendant que l’on agit. Qui séduira sa belle, de l’amoureux craintif qui a passé des heures à préparer ses beaux discours, ou de celui qui laisse jaillir les mots et les gestes du fond de son désir ? Ce dernier n’est pas guidé par une idée pensée dans le passé ; entièrement présent, il voit, il entend, il sent, il ressent : il est conscient, c’est-à-dire disponible. Et doublement : à la situation, changeante, imprévisible ; et à lui-même, à l’inspiration qui jaillit du fond le plus vrai de lui-même. De même, un véritable artiste ne pense pas son œuvre avant de la faire ; il agit, et découvre son œuvre en l’exécutant. Il se laisse surprendre. L’obstacle, la résistance, sont pour lui des opportunités de création. Il est en dialogue avec le Réel, disponible à l’inspiration qui se donne. Cela ne veut pas dire que l’action ne requiert pas une préparation ! Mais ce n’est pas préparer l’action : c’est se préparer à l’action.
Le peintre zen, avant de peindre, attend ; il médite. Pense-t-il à son œuvre ? Non ! Il se rend disponible, au monde et à lui-même, et à l’énergie qui le saisira.
Se préparer à l’action, c’est se préparer à la spontanéité. C’est une discipline intérieure, mais elle nous ouvre, au plus profond de nous-mêmes, aux sources de l’acte juste : affirmation, création, dialogue avec la vie.

Par : Denis Marquet

061121-6185
2006
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« Personne n'avait, par le visage, à exprimer rien aux SS
qui aurait pu être le commencement d'un dialogue
et qui aurait pu susciter sur le visage du SS quelque chose d'autre
que cette négation permanente et la même pour tous.
Ainsi, comme il était non seulement inutile,
mais plutôt dangereux malgré lui, dans nos rapports avec les SS,
on était venu à faire soi-même un effort de négation
de son propre visage, parfaitement accordé à celui du SS.
***
Robert Antelme, "L'Espèce humaine."
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