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“Cette puissance obscure, rebelle à l'explication, qui aimante un être vers un autre ou vers plusieurs autres, qui bouleverse sa morale, détruit sa vie familiale et sociale, lui fait parfois risquer sa "vie" tout court ; cette puissance est celle-là même que cherche à éveiller, posséder, absorber l'adepte tantrique. C'est la Shakti, la Déesse, l'Oblique, la Lovée, la Blanche, la Fauve, la Souveraine, la Sauvage, la Nue, la Furieuse, la Sombre, la Terrible, la Violente, la Bénéfique, l'Abeille, la Mère du monde, la Plus jeune, Celle qui fait pleurer, selon les innombrables noms que lui a donnés l'Inde. Si l'on n'est pas émerveillé par Elle, si l'on ne tremble pas en entendant son souffle, en devinant son pas, si l'on n'est pas enivré par le tintement de ses bijoux et des parfums de sa chevelure, inutile de se lancer dans cette voie.”

Par : Pierre Peuga « Chemin des flammes »

Sandra la Salamandre
1999
La danse de Sandra est semence et chant liturgique. Elle inspire l'amour (kama) et la libération (moksha). Elle est le cœur le plus secret du monde, la matrice du devoir, du désir et de la vertu. S'érigent vers elle des forêts ithyphalliques, fécondes et généreuses. Ruissellent sur son corps nu les astres rayonnants. Elle est la base, le centre du cercle et le sommet, le commencement et la fin, la ronde brûlante de la passion libre, quand elle embrasse la terre, le ciel, et l'eau. Elle est la crinière sauvage des météores où se réfugient, le soir, les derniers chants d'oiseaux.


Elle court avec le vent, salamandre, dans la joyeuse bousculade des nuages, associer le bonheur à cette trace, là, qui s'échappe. Une flèche de chaleur passe et m'étreint. Elle soulève une vieille rumeur à laquelle il faut, de toutes nos forces, accorder foi.


J'aime que les plus fous, les moins ridés dans l'âme, les plus épris, acceptent de s'asseoir à la table du festin, au nom du rire et des comètes convergentes. Tu es sinueuse et je te suis, toi, qui marches, et tournes sur ma poitrine, et te poses sur moi. Ils sont là, invisibles, ceux qui plantent un peu partout des graines pour la joie.


Peu importe la prudence et peu importe l'imprudence. Les fleurs, entre les derniers pavés de l'hier, s'épanouissent et s'offrent à la caresse ravie de nos lèvres.


L'écume des jours meurtris obscurcit mon haleine, néanmoins tu souris, la tête libre d'orage, et le cœur haletant. A quoi bon renoncer, ou vouloir ? Il suffit d'accueillir, et ne rien retenir. Laisser s'épandre la rivière, marcher à côté d'elle dans le renfort des peupliers, avec la face réjouie des grands soirs qui enchantent, et des petits matins qui vous laissent chaos.


Roulant des flammes dans un fracas étourdissant, ton port est un rivage au calme de ma nuit incandescente.


Désormais.




Xavier Zimbardo

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