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Et nous sommes là au cœur de la Littérature. Doit-elle s’effacer devant le propos, modestement, sagement, tel le moine devant la magnificence du jour… Ou bien les mots doivent-ils se montrer plus brillants que la vive lumière des apparences ?
Les mots, particules emportées dans un torrent qui chantent et scintillent de leur propre éclat… "J’aimerais écrire un livre sur rien" écrivait Flaubert dans sa Correspondance. Oui, ne prendre le sujet que pour prétexte et travailler la matière même du langage comme des couleurs mélangées sur la toile.
L’art, celui de l’écriture comme les autres, se situe là, non dans le sujet mais dans sa mise en forme, dans son exploitation et sa trahison magistrale. Transformation de la glaise en or. Caresser les cheveux de la poésie tout en restant intelligible, tout en racontant une histoire. Cela tient du fildefériste. Garder l’équilibre en avançant sur le fil tendu du texte toujours à la limite de la perte d'équilibre.
La littérature n’est pas sans risque. Bien ! Da Vinci code refermé, il ne m’en reste rien. Quelques anecdotes, un peu d’histoire, des fragments de sens, rien qui fondamentalement me bouscule. Alors j’ouvre au hasard une page de Henry Miller (Sexus, que je relis en ce moment). Une seule de ses pages me fait vibrer comme une harpe, m’emporte dans sa barque, me fait chavirer, me sauve et me ramène. Enfin, je traverse un courant de littérature, je suis dans les rapides, qui m’entraînent vers la chute magnifique, je vogue avec délice brûlé par ce feu d’écriture. De la pure énergie !

Par : G.M.G. Baur

Carrefour des Closeaux
*****
Pluie, d’une égalité souveraine, tu as encore peint ce soir sur nos plaies.
Heureux homme qui te boit.
Sur le chemin boueux tu cisèles des miroirs,
fais descendre le ciel à nos pieds et les arbres couchés,
dans la dimension desquels il est possible à nouveau d’entrer.
Lumière à double fond, art d’avant-garde, nous t’imitons avec peine.
Les gouttes sur nos peaux sont plus lointaines que l’étoile,
nous perdons en bonté de ne plus voir
ce que ton humide baiser offre de fine jouissance.
Ainsi l’absurde qui ne voit pas de ses yeux
le sexe des fleurs, les vaisseaux, la nacre,
l’enluminure de leurs peaux que l’eau de pluie réanime.
Elle tombe à coups de tocsin ou à base de murmures.
Une nouvelle pluie, un poème, audible par tous.
(…)
Si tout le monde pouvait entendre et voir la pluie,
si tous vivaient cette confiance infinie,
le mal occuperait moins de place.
Sur la marquise mille milliers de gouttes tombent
sur mille milliers d’atomes,
elle pleure la marquise de ne pouvoir laisser briller
nos mille milliers de neurones,
le temps d’une pluie.
Rajeunissement du monde et lait du sein du ciel,
pluie n’a pas les yeux des oiseaux qui nous regardent
curieux de voir ces hommes agités,
eux qui se posent lourds et confiants sur un fil électrique
sans troubler leurs bruits, ni leur silence
— présence à nos portes de chair.
*****
ArdentePatience Dec 26, 2008 06:02:00 GMT
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