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Et nous sommes là au cœur de la Littérature. Doit-elle s’effacer devant le propos, modestement, sagement, tel le moine devant la magnificence du jour… Ou bien les mots doivent-ils se montrer plus brillants que la vive lumière des apparences ?
Les mots, particules emportées dans un torrent qui chantent et scintillent de leur propre éclat… "J’aimerais écrire un livre sur rien" écrivait Flaubert dans sa Correspondance. Oui, ne prendre le sujet que pour prétexte et travailler la matière même du langage comme des couleurs mélangées sur la toile.
L’art, celui de l’écriture comme les autres, se situe là, non dans le sujet mais dans sa mise en forme, dans son exploitation et sa trahison magistrale. Transformation de la glaise en or. Caresser les cheveux de la poésie tout en restant intelligible, tout en racontant une histoire. Cela tient du fildefériste. Garder l’équilibre en avançant sur le fil tendu du texte toujours à la limite de la perte d'équilibre.
La littérature n’est pas sans risque. Bien ! Da Vinci code refermé, il ne m’en reste rien. Quelques anecdotes, un peu d’histoire, des fragments de sens, rien qui fondamentalement me bouscule. Alors j’ouvre au hasard une page de Henry Miller (Sexus, que je relis en ce moment). Une seule de ses pages me fait vibrer comme une harpe, m’emporte dans sa barque, me fait chavirer, me sauve et me ramène. Enfin, je traverse un courant de littérature, je suis dans les rapides, qui m’entraînent vers la chute magnifique, je vogue avec délice brûlé par ce feu d’écriture. De la pure énergie !

Par : G.M.G. Baur