Le moindre brin d’herbe, la plus humble feuille alimentait ma rêverie. Je revenais de promenades les poches pleines de ces “trésors” nourriciers de ma vie intérieure : morceaux de bois, d’écorce, de silex. Cette habitude ne m’a pas quitté. Je continue de cueillir dans la forêt ou sur le sable des épaves de rêve que le vent, la pluie ou la mer ont laissé à mon intention. Qu’ils viennent de terre ou d’eau, ces ligneux pérégrins, un même sort les pousse, un même effort les polit. Mais le chemin de la bruyère est plus lent que celui du Gulf Stream. Bois lavés de la pluie ou bois rayés du sable dérivent dans un temps que mesure le sel, intact et corrodé tout ensemble. Voilà de beaux débris pour témoigner d’un songe, préhensible avant d’être englouti dans les ressacs de l’inutile.
Par : Jean Orizet