"Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote."
Par : Cornelius Castoriadis

"Laisse nous nos moeurs;
elles sont plus sages et honnêtes que les tiennes;
nous ne voulons plus troquer ce que tu appelles notre ignorance
contre tes inutiles lumières.
Tout ce qui nous est nécessaire et bon,
nous le possédons.
Sommes-nous dignes de mépris,
parce que nous n'avons pas su nous faire des besoins superflus?
Lorsque nous avons faim,nous avons de quoi manger;
lorsque nous avons froid,
nous avons de quoi nous vêtir.
Tu es entré
dans nos cabanes, qu'y manque-t-il, à ton avis?
Poursuis jusqu'où tu voudras
ce que tu appelles les commodités de la vie;
mais permets à des êtres sensés
de s'arrêter,
lorsqu'ils n'auraient à obtenir, de la continuité de leurs
pénibles efforts, que des biens imaginaires.
Si tu nous persuades de franchir l'étroite limite du besoin,
quand finirons-nous de travailler?
Quand jouirons-nous?
Nous avons rendu la somme de nos fatigues annuelles et journalières
la moindre qu'il était possible,
parce que rien ne nous paraît préférable au repos.
Va dans ta contrée t'agiter, te tourmenter tant que tu voudras;
laisse-nous reposer:
ne nous entête ni de tes besoins factices,
ni de tes vertus chimériques."