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"Le grand Charles Baudelaire disait de Delacroix qu’il était un poète-peintre, comme on dit que Chopin était un musicien-poète ; j’ose affirmer, devant les planches de Zimbardo, qu’il est un photographe-poète, ou mieux encore un photographe-peintre proche de Delacroix et Matisse déjà cités plus haut, mais aussi des Expressionnistes Abstraits Américains tels que De Kooning ou Rothko. Même force de la couleur, même simplicité du propos, même volonté de l’impact sur le « regardeur »".
(LE MONDE REPEINT PAR LES YEUX)

Par : Michel BOHBOT, Expert en Art Contemporain, Historien de l’Art

Passion Couleur 31-1998-99
"Illuminations on the Web"


"J'ai saupoudré tout mon jardin, et les haies de mes voisins, avec des tourbillons multicolores de poudres sacrées.
Un jour, les poudres se posèrent sur une toile d'araignée.
Très étonnant … Elles adhéraient très bien, très facilement.
Quand je commençai à m'intéresser davantage à ces petites bêtes,
j'appris qu'elles déposent de la colle sur leurs fils pour faciliter la capture des proies.
Leurs pattes distillent une sorte d'huile qui leur évite d'adhérer elles-mêmes à cette colle.
Les fils sont très solides et résistants. En dépit de leur extrême finesse,
leur filage est plus abouti en proportion qu'un gilet pare-balles.
Ces formidables chasseuses, si utiles pour la protection de nos récoltes,
ont conçu des pièges très sophistiqués pour assouvir leur faim.
Trappes, toiles, filets, maquillages, il y en a même une qui travaille au lasso !
Au bout de celui-ci, qu'elle fait tourner à toute vitesse dès qu'elle perçoit dans l'air une vibration prometteuse,
elle fixe une boule de colle qu'elle parfume avec les effluves aguichants d'une femelle de papillon.
Le mâle perçoit l'odeur, se précipite comme un fou, et se trouve scotché au bout du fil comme un nigaud.


Ah, c'est beau l'amour ! C'est beau mais c'est dangereux !
La petite araignée n'a plus qu'à remonter sa prise tel Hemingway à la pêche au gros,
lui fourguer sa dose de venin, et à table, bénédiction, bon appétit !


Pendant trois étés, entre deux reportages au bout du monde, j'ai peint des toiles d'araignées dans mon jardin.
Les poudres que j'utilisais étaient d'origine végétale, si l'on excepte l'or.
Quand on l'interrogeait sur ses photographies de reflets de femmes nues dans un miroir déformant,
André Kertesz, en 1933, répondait : "On peut donner aux distorsions les explications que l'on veut.
Tout ce que je peux dire, c'est que les faire était très amusant, très excitant."
Je m'amuse et je cherche avec autant d’innocence, d'imagination et de passion qu'un enfant.
Avec autant de sérieux et de gravité, avec autant de plaisir et de légèreté qu'un enfant.
Dancing on a thread, surfing on the web, jonglant avec les couleurs :
voici la danse cosmique des araignées funambules à l'origine du monde !
Voici les Illuminations d'un moissonneur d'étoiles !"


Xavier Zimbardo

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