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"Living by breathing greedily, lovingly, religiously, living every second to the fullest. A poetic way of being in the world with open eyes and a happy heart, without hate, fear nor regret. In the marriage of the deepest shade with the brightest light. In the acceptance of sovereign mystery." XZ
"Vivre en respirant goulument, amoureusement, religieusement, chaque seconde à pleins poumons. Une manière poétique d’être au monde les yeux ouverts et le cœur content, sans haine, sans peur ni regrets. Dans le mariage de l’ombre la plus profonde avec la plus lumineuse clarté. Dans l’acceptation du mystère souverain." XZ

Par : Xavier ZIMBARDO

WE SHALL VANISH
NOUS DISPARAITRONS
ENGLISH TEXT
WE SHALL VANISH! - Xavier ZIMBARDO, November 25, 2012
http://www.xavierzimbardo.com/galerie-texte-186.html
Last year, in 2011, at the “Rencontres de la Photographie” in Arles, I found a very moving book published by Blume, remembering missing people from around the world, represented by family members holding portraits of their loved ones who they will probably never meet again. A book of portraits by Gervasio Sanchez, which was called “victimas del olvido - forgotten victims” (victims of forgetfulness). But then a strange thing happened. The books were presented as part of a competition to select the best book of the year. There were hundreds of books, and tens of thousands of visitors - the books were secured onto large tables in order to keep them at their best but primarily so people could not to steal them. Spotlights hung vertically overhead casting a strong directional light. In some books, Blume’s included, the pages became very difficult to see because of the bright reflection of light, causing the faces of the missing to disappear a second time, paradoxically by the glow of the light which was supposed to allow us to rediscover them. The result was quite disturbing and moving: The powerful light which was there to allow us to rediscover the missing people better were also strangely hiding them from us. It was like a magic hour when the day is resting in the embrace of the night… as if the day was not going to stand up. "It is midnight in the century," wrote Victor Serge, and for us it is now the twilight hour.


TEXTE EN FRANÇAIS
NOUS DISPARAÎTRONS ! - Xavier ZIMBARDO, November 25, 2012
http://www.xavierzimbardo.com/galerie-texte-187.html
Un jour, aux rencontres de la photographie à Arles, j'ai trouvé un livre très émouvant publié chez Blume, qui évoquait les disparus du monde entier en représentant des membres de leurs familles tenant en leurs mains les portraits de ceux qu’ils aimaient… et qu’ils ne reverraient probablement jamais. Un livre de portraits réalisés par Gervasio Sanchez qui s'intitulait « victimas del olvido – forgotten victims » (victimes de l’oubli). Mais il s'est passé une chose étrange. Les livres étaient présentés dans le cadre d'un concours pour choisir le meilleur livre de l'année. Il y avait là des centaines de livres, vissés sur de grandes tables pour que l'on ne puisse pas les dérober et aussi pour qu’ils demeurent dans le meilleur ordre possible pour faciliter la consultation par des dizaines de milliers de visiteurs. Des spots lumineux les surplombaient à la verticale. Une lumière trop forte, quasiment despotique : certains livres devenaient très difficiles à consulter en raison du vif reflet de la lumière sur leurs pages. Ainsi, les visages de ces disparus disparaissaient à nouveau une seconde fois sous la brillance de l'éclairage censé nous permettre de les découvrir. Situation paradoxale : il était impossible de bouger ces ouvrages qui étaient comme enracinés alors que ces gens avaient été arrachés à leurs racines. Mais encore plus troublant : c’est la lumière même qui éteignait ces visages en les illuminant, qui nous les dérobaient en voulant nous permettre de les découvrir mieux. Comme à cette heure magique où le jour bascule dans l’étreinte de la nuit, cette lumière avait quelque chose de magique et de terrifiant. Comme si le jour n’allait plus se lever. « Il est minuit dans le siècle », avait écrit Victor Serge, et pour nous c’est désormais l’heure crépusculaire.

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