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Mais alors, y a-t-il une autre manière de concevoir l’action ? Oui. Non pas penser avant d’agir, mais être pleinement conscient pendant que l’on agit. Qui séduira sa belle, de l’amoureux craintif qui a passé des heures à préparer ses beaux discours, ou de celui qui laisse jaillir les mots et les gestes du fond de son désir ? Ce dernier n’est pas guidé par une idée pensée dans le passé ; entièrement présent, il voit, il entend, il sent, il ressent : il est conscient, c’est-à-dire disponible. Et doublement : à la situation, changeante, imprévisible ; et à lui-même, à l’inspiration qui jaillit du fond le plus vrai de lui-même. De même, un véritable artiste ne pense pas son œuvre avant de la faire ; il agit, et découvre son œuvre en l’exécutant. Il se laisse surprendre. L’obstacle, la résistance, sont pour lui des opportunités de création. Il est en dialogue avec le Réel, disponible à l’inspiration qui se donne. Cela ne veut pas dire que l’action ne requiert pas une préparation ! Mais ce n’est pas préparer l’action : c’est se préparer à l’action.
Le peintre zen, avant de peindre, attend ; il médite. Pense-t-il à son œuvre ? Non ! Il se rend disponible, au monde et à lui-même, et à l’énergie qui le saisira.
Se préparer à l’action, c’est se préparer à la spontanéité. C’est une discipline intérieure, mais elle nous ouvre, au plus profond de nous-mêmes, aux sources de l’acte juste : affirmation, création, dialogue avec la vie.

Par : Denis Marquet

ihs033-032
1982
***
Comme le rapporte Hésiode quand il retrace la genèse du monde terrestre,
Zeus, dieu céleste incarnant la clarté, désirant s'unir à
la sombre Chthonia, déesse de l'obscur et des puissances souterraines,
tissa pour elle une robe où il avait brossé le dessin des mers et la forme des continents.
Sans ce voile qui la rendait visible, leur union eût été impossible.
Ainsi le voile révèle-t-il plus qu'il ne dérobe.
En habillant l'obscurité, il donne à voir ce qui, auparavant, était insoutenable pour le regard,
l'invisible de l'autre;
il permet d'envisager son corps.
***
Michela Marzano, "La pornographie ou l'épuisement du désir"
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