"Le temple visible est la figure du temple du coeur" disait Macaire l'Egyptien.
Le lieu du mystère est partout, en nous. Les lieux de prières et de méditation ne sont que des projections de ce qui existe déjà en nous-même. Et que nous avons tendance à chercher à l'extérieur au lieu d'aller, d'abord, en l'intérieur. Cette très belle phrase me fait aussi penser à celle d'un soufi de l'slam, Ibn Arabi: " Mon coeur est capable de toutes les formes. Il est le Cloître du chrétien, le Temple des idoles, la prairie des gazelles, la Ka'ba du pèlerin, les Tables de la loi mosaïque, le Coran des fidèles..."
Le lieu du mystère est en nos yeux, devant nos yeux.
Par : Marc de SMEDT

appellent) un tempérament artistique; qu’en cela nous sommes exceptionnels et devrions
donc, apparemment, avoir honte de nous; mais que nos œuvres doivent exclusivement
s’occuper de (ce qu’ils appellent) l’homme moyen, qui est un homme prodigieusement terne, et
seulement accessible aux considérations les plus mesquines". Stevenson poursuit: "Cette
insistance sur les aspects ternes de la vie et la mesquinerie de l’homme est dans le fond une
bruyante déclaration d’incompétence. Peindre un homme sans aucune espèce de poésie (…)
révèle plutôt les insuffisances de l’auteur. " Car, dit-il, "les causes de la joie d’un homme sont
souvent difficiles à cerner. Elles ont si peu de rapport avec l’extérieur (tel que l’observateur
l’inscrit dans son carnet) qu’elles n’y touchent peut-être même pas – et la véritable existence
de l’homme, pour laquelle il consent à vivre, serait uniquement réservée au domaine de
l’imagination. Il est possible que l’homme d’Eglise, à ses moments perdus, gagne des batailles,
que le fermier pilote des navires, que le banquier triomphe dans les arts (…). Dans pareil cas,
la poésie court, souterraine, et l’observateur (pauvre âme, avec ses documents!) est toujours
au mauvais endroit. Car prétendre "observer" l’homme, c’est aller au-devant de bien des
déconvenues. Nous voyons le tronc d’où il tire sa subsistance, mais lui-même est bien au-delà,
déployé dans le dôme du feuillage, traversé par les murmures du vent, peuplé de nids de
rossignols. Et le véritable réalisme est celui des poètes, qui grimpent après lui comme un
écureuil et ainsi entrevoient un coin du ciel pour lequel il vit. Oui, le véritable réalisme, toujours
et partout, est celui des poètes: découvrir où réside la joie, et lui donner une voix bien au-delà
du chant. Car manquer la joie, c’est tout manquer. Dans la joie des acteurs réside le sens de
toute action. D’où l’irréalité obsédante et vraiment spectrale des ouvrages "réalistes". (…) Car
aucun homme ne vit dans la réalité extérieure, parmi les sels et les acides, mais dans la
chaude pièce fantasmagorique de son cerveau, aux fenêtres peintes et aux murs historiés. " A
Stevenson affirmant que le véritable réalisme est celui des poètes, fait écho Annie Le Brun, qui écrit, à
propos de la disparition du rêve – qu’elle considère comme une catastrophe majeure de l’époque: "Il
s’agit en fait d’une amputation qui nous prive de tout ce par quoi, du plus loin de notre
solitude, nous pouvions aveuglément retrouver le monde."