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Les arbres s'élèvent au-dessus des buissons étiolés, les lianes étouffent les fleurs, l'herbe est aussi haute que les blés et, partout, la vie meurt et renaît, la pourriture se transforme en humus, pâte vivante pour réchauffer d'autres graines, le combat continue avec des spasmes et des extases dans cet océan de sève. Ici les plantes deviennent des monstres, ici les fleurs sont empoisonnées par les cadavres dont elles sont nées, ici la luxuriance effraie, car on devine, derrière les millions d'organismes qui ont survécu, les milliards d'autres qui meurent à chaque heure, et l'on est pris de vertige, accablé par ce geste de la nature qui ne cesse de faire jaillir la vie, sans rime ni raison, par ce geste de la création pour la joie de créer, pour la joie de boire le soleil et de crier sa victoire. (…) et l'on est empoigné, entraîné dans leur sourd massacre par tous ces bonds dans la vie, tous ces agenouillements de la mort, toute cette affolante orgie de sève, (…). C'est, de la part de ce règne végétal que nous avons domestiqué dans des parcs et confiner dans des serres, une provocation qu'on ne peut pas ne pas ressentir. Une provocation où, derrière le rire du végétal, se cache un appel à la fraternité, un appel à suivre son exemple, à le rejoindre.

Par : Mircea Eliade, L’Inde